Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus, qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un âne, ou d’un chien, ou d’un cheval.
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- Le ciseau du sculpteur libère la jeune fille, l’athlète ou le cheval du bloc de marbre. De même les signes sont tous prisonniers de l’encre et de l’encrier. Le calame les en libère et les lâche sur la page. La calligraphie est libération.
- Guillaume est un survivant. Il n’est pas commun de vivre aussi longtemps que lui dans ce milieu, parmi ces hommes de cheval qui mangent comme des loups, boivent comme des trous, et que les coups de sang terrassent quand ils ne sont pas brutalement cassés dans l’exercice de leur métier.
- Très loin, au plus profond du secret de notre âme, un cheval caracole... Un cheval, le cheval ! Symbole de force déferlante, de la puissance du mouvement, de l’action.
- Je plains le temps de ma jeunesse, auquel j’ai plus qu’autre gallé, jusqu’à l’entrée de vieillesse, qui son partement m’a celu. Il ne s’en est à pied allé, n’a cheval : hélas ! Comment donc ?, soudainement s’en est vollé, et ne m’a laissé quelque don.
- Ah ! Quelle nécropole que le coeur humain ! Pourquoi aller aux cimetières ? Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux !
- Défiez-vous des choses posthumes : quel que soit l’esprit avec lequel une vieille femme parle de sa beauté perdue il y a toujours dans sa louange la funèbre solennité de l’office des trépassés.
- Le déni de l’anatomie et du corps comme destin ne date pas d’hier. Il fut bien plus virulent dans toutes les sociétés antérieures à la nôtre. Ritualiser, cérémonialiser, affubler, masquer, mutiler, dessiner, torturer – pour séduire : séduire les dieux, séduire les esprits, séduire les morts. Le corps est le premier grand support de cette gigantesque entreprise de séduction.
- Pour moi, lorsque je vois un mort, la mort m’apparaît alors comme un départ. Le cadavre me fait l’impression d’un costume qu’on a laissé derrière soi. Quelqu’un est parti, sans éprouver le besoin d’emporter son seul et unique vêtement.
- Votre tendresse, mon amour, comme cela est bien plus démodé que la neurasthénie. Un amant vraiment tendre, mais on peut vivre et mourir sans en rencontrer un seul. Il y a bien quelques individus de l’espèce qui présentent des vestiges.
- La vie en soi, pour elle-même, n’est pas sacrée : il faudra bien s’habituer à cette terrible nudité métaphysique.
- Parvenu à un certain âge, on vous épingle Lear comme une décoration. Je n’ai jamais aimé être décoré. Encore moins épinglé. C’est très beau, mais ça signifie la mort comme pour les papillons.
- Aimez et souffrez, espérez et contemplez. Malheur, hélas ! à qui n’aura aimé que des corps, des formes, des apparences ! La mort lui ôtera tout. Tâchez d’aimer des âmes, vous les retrouverez.
- Je le devine, je vous irrite. Vous haïssez la logorrhée des vieillards; il y a une mythologie de l’artiste qui en fait un ange météoritique ou un prodige. L’art, c’est la grâce, l’incandescence du génie, surtout pas un soliloque de vieille carne.
- Poser un caillou sur une tombe, c’est déclarer à celui où celle qui y repose que l’on s’inscrit dans son héritage, que l’on se place dans l’enchaînement des générations qui prolongent son histoire.
- Une vie sans éclat et attentive au simple est semblable à ces coings à la peau duvetée et à l’apparence rugueuse qui, mûrissant dans l’ombre, embaument l’air du cellier - comme fait le corps d’un saint après sa mort.