Ah ! Quelle nécropole que le cœur humain ! Pourquoi aller aux cimetières ? Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux !
Écrivain, 1821-1880 Image : Nadar, Domaine public, Wikimedia Commons Ah ! Quelle nécropole que le cœur humain ! Pourquoi aller aux cimetières ? Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux !
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Correspondance de Gustave Flaubert (1857), lettre 562 à Mademoiselle Leroyer de Chantepie
Je n’ai jamais connu personne (et je connais bien du monde) d’un esprit aussi transcendantal que cet ami dont je vous parle. Nous passions quelquefois six heures de suite à causer métaphysique. Nous avons été haut, quelquefois, je vous assure. Depuis qu’il est mort, je ne cause plus guère avec qui que ce soit, je bavarde ou je me tais.Ah! quelle nécropole que le cœur humain! Pourquoi aller aux cimetières? Ouvrons nos souvenirs, que de tombeaux!
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Le vrai tombeau des morts, c’est le cœur des vivants.
La vieillesse est une tombe où pourrissent l’un sur l’autre nos cadavres d’enfant, d’adolescent et d’homme.
Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus, qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un âne, ou d’un chien, ou d’un cheval.
Une visite de condoléances, ma petite-fille, cela apprend à vivre, à se tenir. À oublier le mort. Eh oui, c’est comme ça ! Il faut oublier pour se souvenir.
Une enquête récente a démontré que 90% des enterrés vivants reprennent conscience dans le corbillard qui les emporte vers le cimetière, mais ils n’osent rien dire de peur d’avoir l’air ridicule.
Le monde est absurde, pensa-t-il, les morts s’y promènent en liberté et je ne m’en étonne même plus…
Suicide. On ne voit rien du tombeau, des horreurs de la mort, mais on a le désir infini de se mêler à la tristesse attirante des choses.
Bonheur excessif et mélancolie excessive parachèvent un même péché, l’oubli du tombeau.
Penchez-vous sur les berceaux, pénétrez dans les tombes, le mensonge est partout. Votre père vous a trahi, et votre mère, et votre ami, et celle en qui vous crûtes trouver le repos du cœur.
Nous n’avons plus d’argent pour enterrer nos morts. Le prêtre est là, marquant le prix des funérailles ; Et les corps étendus, troués par les mitrailles, attendent un linceul, une croix, un remords.

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