Quels misérables nous serions, si nous n’étions pas fiers de nos ancêtres.
Romancière, 1845-1924Quels misérables nous serions, si nous n’étions pas fiers de nos ancêtres.
Romancière, 1845-1924Partager sur
Source vérifiée
Angéline de Montbrun (1881)
Aujourd’hui j’ai fait lire Garneau. Souvent mon père et moi nous le lisions ensemble. « Ô ma fille, me disait-il parfois,quels misérables nous serions, si nous n’étions pas fiers de nos ancêtres!» Il s’enthousiasmait devant ces beaux faits d’armes, et son enthousiasme me gagnait.
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
Malheureuse contrée, où les marques de génération sont ignominieuses, et où celles d’anéantissement sont honorables, comme s’il y avait quelque chose de plus glorieux que de donner la vie.
L’empire du fait qui avait porté si haut notre civilisation est à peu près ruiné par un mauvais usage de la raison.
Mais il est triste de se dire Qu’on a gaspillé sa jeunesse, qu’on l’a trahie à chaque instant Et qu’elle nous l’a bien rendu, que les meilleurs de nos désirs, que les plus pures rêveries Sont allés à la pourriture Comme les feuilles de l’automne.
Regardons en arrière, pour profiter de l’expérience de l’humanité mais ne nous retournons pas comme si la sagesse de nos ancêtres avait été telle qu’elle n’ait laissé aucune place à une amélioration future.
Notre dégoût n’est point un défaut et une insuffisance des objets extérieurs, comme nous aimons à le croire, mais un épuisement de nos propres organes, et un témoignage de notre faiblesse.
Mais enfin l’on condamnait et châtiait quelques rares individus, tandis que nous, la génération suivante, nous nous renfermions dans le silence de l’horreur, de la honte et de la culpabilité : et voilà, c’était tout ?
Nous étions même d’assez mauvais sujets, joueurs, libertins, coureurs de filles, duellistes, ivrognes au besoin, et mangeurs d’argent sous toutes les espèces.
Le sentiment de honte est à la base de notre civilisation occidentale.
Notre succession comble presque toujours le vide que fait notre mort dans le cœur de nos héritiers.
Ainsi en est-il des reliques : tout y est si brouillé et confus, qu’on ne saurait adorer les os d’un martyr qu’on ne soit en danger d’adorer les os de quelque brigand ou larron, ou bien d’un âne, ou d’un chien, ou d’un cheval.

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.