Nulle forme fixe n’est plus considérée comme le moule nécessaire à l’expression de toute pensée poétique; désormais, comme toujours, mais consciemment libre cette fois, le poète obéira au rythme personnel.
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- Ecrire, oh écrire, c’est s’emparer du monde, de ses préjugés, de ses vertus et le résumer dans un livre; c’est sentir sa pensée naître, grandir, se dresser debout sur son piédestal et y rester toujours.
- Entre la justesse de la pensée et la sincérité de l’expression écrite ou parlée, il est bien que la réflexion intervienne et remplisse l’intervalle.
- La parole écrite doit être l’incarnation naturellement nécessaire d’une pensée et non la livrée mondaine d’une opinion.
- Pour que la pensée se coule sans hésitation dans les signes, il faut qu’une discipline ait impérieusement établi un rapport univoque de ceux-ci aux idées...
- Les boueurs de poésie sont en général privés du sentiment de la poésie; inaptes à percer les voies de son action. Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.
- La musique laisse la poésie loin derrière elle; elle peut tout dire. Dans une modulation, dans une cadence évitée, elle exprime clairement, tout ce que les autres arts doivent décrire et essayer de cerner. Nos poètes impressionnistes modernes voudraient bien exprimer ces atmosphères et ces sensations, ce qu’ils n’arriveront jamais à faire avec des mots.
- Séparez la philosophie de la poésie, et vous n’aurez qu’une trame sans broderie ou qu’une broderie sans trame.
- Le jeune poète ne saurait être assez froid, assez réfléchi : l’usage authentique et mélodieux du langage exige toute l’attention d’un esprit vaste et calme.
- La pensée sans poésie et la vie sans infini, c’est comme un paysage sans ciel : on y étouffe.
- Le poète doit pouvoir tout dire, en toute liberté. Essayez donc un peu, mes amis, vous verrez que vous n’êtes pas libres.
- La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme. Le poème se souvient. Personne n’a meilleure mémoire qu’un poème.
- Le style est la poésie dans la prose, je veux dire une manière d’exprimer que la pensée n’explique pas.
- Les poèmes, quand ils sont réussis, personne ne les comprend vraiment. Leurs significations changement selon l’humeur, la lumière... Ils ne sont pas là pour être compris. Ce sont eux qui nous comprennent.
- La poésie commence à sourdre lorsqu’elle croise les méandres de l’existence du poète. Elle est réponse au vide, à l’immensité, à l’inquiétude intérieure qui nous habite lorsque, soudain, tout se tait et qu’il faut traduire le silence.
- La fonction même du poète, en tant que mode de connaissance, n’est pour moi qu’une règle de vie qui nous tienne plus vivant, fût-ce à vif, sur l’autre versant de l’apparence.