Je suis morte et j’ai tué, j’ai vu tuer et mourir, j’ai eu un temps immense pour la douleur et la méditation, ai-je pour autant grandi en force morale ? En discernement ?
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- Tout acte de soumission à la force qui m’est extérieure me pourrit tout debout, mort avant que d’être enterré par les légitimes fossoyeurs de l’ordre.
- J’ai perdu ma force et ma vie, et mes amis et ma gaieté; J’ai perdu jusqu’à la fierté qui faisait croire à mon génie.
- On vit alors combien lentement les âmes, une fois brisées, reprennent courage et force.
- Ma joie de donner est morte, à force de donner; ma vertu s’est lassée d’elle-même dans sa surabondance.
- Mais le moment est venu où j’ai compris que je ne pouvais plus me leurrer moi-même, que ce n’était pas un crime d’être vivante, que c’était Dieu qui m’avait faite ainsi, que j’avais besoin d’aimer et de vivre.
- Cette indifférence, cette absence de peur jetèrent un pont fragile qui m’éloigna de la mort. La conscience qu’ici on n’allait pas me battre, car ici on ne battait pas, cette prise de conscience engendra de nouvelles forces et de nouveaux sentiments.
- Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
- J’aurais aimé mon état, je l’aurais honoré peut-être, et après avoir passé une vie obscure et simple, mais égale et douce, je serais mort paisiblement dans le sein des miens.
- Quelle souffrance que d’être ainsi vivant. Quelle abomination, quelle pourriture ! Comment mon corps, ce corps qui est à moi, qui appartient ou qui est le maître de cet esprit pas particulièrement attaché à la vie, a-t-il la force, le courage d’exister ?
- Je puis mourir, disais-je; je le devrais même, après tant de honte et de douleur, mais je souffrirais mille morts sans pouvoir oublier l’ingrate Manon.
- La souffrance a été plus forte que tout autre enseignement et m’a appris à comprendre ce qu’était votre coeur. J’ai été tordu et cassé, mais - j’espère - dans une meilleure forme.
- J’ai découvert que l’on pouvait supporter l’insupportable si l’on gardait le moral même quand le corps souffrait.
- Côtoyer la mort vous transforme profondément, durablement. Je suis devenu plus sensible, plus tolérant, plus ouvert aux autres.
- J’en ai connu mille bonheurs et souffert ensuite mille morts. Mais je n’ai jamais pu tirer de cette aventure des idées générales.
- Le deuil pour seule culture, j’ai développé un chagrin solitaire et colérique. Il est difficile de discerner ce que nous ôtent, en mourant, ceux que nous avons aimés.