Les hommes qui exercent la profession de journaliste me paraissent constitués comme les dieux du Walhalla, lesquels se taillaient en pièces tous les jours et se relevaient en parfaite santé tous les matins.
1809-1849Les hommes qui exercent la profession de journaliste me paraissent constitués comme les dieux du Walhalla, lesquels se taillaient en pièces tous les jours et se relevaient en parfaite santé tous les matins.
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Edgar-A. Poë
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L’habileté des grands journalistes est de pouvoir faire dire à l’imbécile qui les lit : « C’est tout juste ce que je pensais ! ».
Je rêvais d’une presse quotidienne dévolue aux bêtes. Au lieu de : « Attaque meurtrière pendant le carnaval », on lirait dans les journaux : « Des chèvres bleues gagnent les Kunlun ». On y perdrait en angoisse, on y gagnerait en poésie.
Aimer l’actualité, c’est faire corps avec elle.
Ces maudits éditeurs veulent imprimer tout : ce sont des corbeaux qui s’acharnent sur les morts, comme l’envie sur les vivants.
Tous les journaux satiriques, depuis qu’il en existe, ne sont qu’une exposition hebdomadaire des faiblesses, des gaffes ou des tares des grands hommes ou tout au moins de ceux que la foule envie.
Le critiqueur trouverait à redire même au paradis.
Il faut donc que le peuple rende malades les hommes d’Etat puisque chaque jour leur honneur maigrit ; mais au moins souvent leur corps engraisse.
Combien de milliers de mes plus pauvres sujets sont à cette heure endormis ! Ô sommeil, ô doux sommeil, tendre infirmier de la nature, quel effroi t’ai-je causé, que tu ne veux plus fermer mes paupières et plonger mes sens dans l’oubli !
La presse a quelque ressemblance avec ce coq qui croyait que sans son cocorico le soleil ne se lèverait pas.
La surprenante métamorphose du sommeil nous rend égaux aux dieux.

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