L’émerveillement n’est pas l’oubli de la mort, mais la capacité de la contempler comme tout le reste, comme l’amer et le sombre : dans la brûlure d’une première fois, dans la fraîcheur d’une connaissance sans précédent.
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- Le plus beau don que l’on puisse nous faire dans cette vie ténébreuse est celui de la clarté - quand bien même cette clarté nous tue.
- Qui n’a pas connu l’absence ne sait rien de l’amour. Qui a connu l’absence a pris connaissance de son néant - de cette connaissance lointaine qui fait trembler les bêtes à l’approche de leur mort.
- Ta mort fait comme une île noire dans un océan de lumière. Pour te rejoindre, aucune barque. Il faudrait pouvoir marcher sur la lumière. Cela doit s’apprendre. Cela s’apprend.
- Il ne peut y avoir de paix intérieure sans connaissance véritable. Une fois que nous saurons appliquer ce critérium infaillible de la Vérité, nous pourrons immédiatement discerner ce qui vaut la peine d’être fait, ou d’être vu, ou d’être lu.
- La connaissance est un remède contre l’ennui. Ce n’en est pas un contre la mort.
- L’émerveillement, plutôt que le doute, est la source de la connaissance.
- Tout jugement oscille sur la pointe de l’erreur... La connaissance est une perpétuelle aventure à la lisière de l’incertitude.
- La Beauté est une sorte de morte. La nouveauté, l’intensité, l’étrangeté, en un mot, toutes les valeurs du choc l’ont supplantée.
- Ecrire, c’est vouloir distinguer à travers des mots ce qu’en réalité on ne peut voir : naissance et mort, apparition et disparition fulgurantes des êtres. Perpétuité des catastrophes.
- Le jour de notre mort traverse chaque jour de notre vie comme une eau plus sombre dans l’eau limpide, mais nous sommes trop agités pour le voir et saluer comme il convient notre prochaine disparition dans toutes présences du monde.
- C’est curieux comme on est, avec les morts : d’abord on jette dessus plein de bruits, de prières et de cris, ensuite on les recouvre sous des pelletées de silence. Dans les deux cas on ne veut rien en voir.
- La beauté a puissance de résurrection. Il suffit de voir et d’entendre. C’est par distraction que nous n’entrons pas au paradis de notre vivant, uniquement par distraction.
- L’apéro, c’est le moment où on fait connaissance. On s’installe sur son quant-à-soi, le verre à la main pour garnir, les canapés sur la table pour meubler, on parle parfois de tout, souvent de rien, on s’informe, on s’intéresse.
- Il y a dans la douleur une pureté infatigable, la même que dans la joie, et cette pureté est en route dessous les tonnes d’imaginaire congelé.
- Vivre, c’est transformer en présence familière ce qui semblait inaccessible, en connaissance ce qui était non seulement inconnu mais insoupçonné, en compréhension ce qui était incompréhensible, en souvenir ce dont nous ne connaissions même pas l’existence.