C’est déjà quelque chose de révéler la poésie à un versificateur et la religion à un dévot. Et c’est pourquoi mon livre s’adresse à tous : aux étudiants d’abord, et qui donc cesserait d’étudier ? Voilà bien un titre qu’on ne dépose qu’au tombeau.
Image : C’est déjà quelque chose de révéler...

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- Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n’employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu’ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot.
- Qu’est-ce qu’un cours d’histoire ou de philosophie, voire de poésie, quelque choix qui y ait présidé, ou la meilleure société, ou la plus admirable routine d’existence, comparés à la discipline qui consiste à toujours regarder ce qui est à voir ?
- Un poète qui n’est pas réaliste est un poète mort. Mais un poète qui n’est que réaliste est aussi un poète mort. Le poète qui est seulement irrationnel ne sera compris que par lui-même et par la femme qu’il aime, et cela est assez triste. Le poète qui est seulement un rationaliste sera même compris par les ânes, et cela est aussi extrêmement triste.
- Je considère la poésie engagée comme une mission personnelle, un devoir envers une société où on évolue vers un contrôle des consciences : on devient même suspect de ne pas penser correctement !
- La poésie introduit juste ce qu’il faut de silence pour troubler le vacarme.
- Le spectateur s’arrête, la critique s’arrête : la poésie commence. Autrement dit, les mots s’arrêtent là où l’incommunicable est communiqué. Pierre Soulages.
- Le poète doit pouvoir tout dire, en toute liberté. Essayez donc un peu, mes amis, vous verrez que vous n’êtes pas libres.
- Enseigner à lire, telle serait la seule et la véritable fin d’un enseignement bien entendu : que le lecteur sache lire et tout est sauvé.
- Le poème vit aux dépens du poète. Ce que nous raconte l’œuvre, ce n’est pas le poète, c’est le poème. Non pas le poète qui écrit mais le langage qui ressuscite, qui projette, recrée et qui l’annule en tant qu’être humain. L’œuvre dissout le petit je.
- La poésie est une pomme et c’est toujours septembre sur les vergers de la parole : soleil serré, suc de la terre, saveur d’enfance. Dans le bonheur des mots amour, je te mange.
- La vie écrit au crayon. La mort passe la gomme. Le poème se souvient. Personne n’a meilleure mémoire qu’un poème.
- La littérature, c’est les personnages. Ca commence avec ça, ça ne commence pas avec un coucher de soleil. Il faut éviter. Si vous trouvez ça au début, ne lisez pas.
- Séparez la philosophie de la poésie, et vous n’aurez qu’une trame sans broderie ou qu’une broderie sans trame.
- On vient nous parler de la poésie de la nature. Quelle blague ! Il n’y a que la poésie de l’homme et il est lui-même toute la poésie.
- La poésie commence à sourdre lorsqu’elle croise les méandres de l’existence du poète. Elle est réponse au vide, à l’immensité, à l’inquiétude intérieure qui nous habite lorsque, soudain, tout se tait et qu’il faut traduire le silence.