À l’aspect de cette multiplicité de supplices, qui n’a jamais rendu les hommes meilleurs, j’ai cherché si, dans un gouvernement sage, la peine de mort était vraiment utile; j’ai examiné si elle était juste. Quel peut être ce droit que les hommes s’attribuent d’égorger leurs semblables ?
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- Il vaut mieux prévenir les crimes que d’avoir à les punir; tel est le but principal de toute bonne législation, laquelle est l’art de rendre les hommes le plus heureux possible ou, disons pour tenir compte également des biens et des maux de la vie, le moins malheureux possible.
- La prise de position d’un homme devant la peine de mort est pour moi un test absolu de son niveau de civilisation.
- Vous voulez tuer l’Injustice, mais vous ne tuez que des hommes. Camus a écrit que l’on condamne à mort un coupable, mais qu’on fusille toujours un innocent. Toujours cet infernal dilemme : l’amour des chiens et l’horreur de la chiennerie.
- La peine de mort infligée aux criminels peut être envisagée à peu près sous le même point de vue : c’est pour n’être pas la victime d’un assassin que l’on consent à mourir si on le devient.
- A la mort, les criminels restent sous leur propre justice; les sages sont sous la justice de Dieu; et les réconciliés sont sous sa miséricorde.
- La loi n’a jamais rendu les hommes un brin plus justes, et par l’effet du respect qu’ils lui témoignent les gens les mieux intentionnés se font chaque jour les commis de l’injustice.
- Faut-il s’applaudir de la politique, si son plus grand effort est de faire quelques heureux au prix du repos de tant d’hommes ? Et quelle est la sagesse si vantée de ces lois, qui laissent tant de maux inévitables, et procurent si peu, de biens ?
- Le seul facteur qui motive la peine de mort est la vengeance, et non la justice, et je suis fermement convaincu qu’un gouvernement qui interdit le meurtre de ses citoyens ne devrait pas se consacrer lui-même à la mort.
- J’ai toujours pensé que pour un homme qui se destine à la vie publique, la véritable dignité ne consistait pas à éluder des interpellations mais à y répondre.
- Le combat d’homme à homme implique un certain degré d’estime mutuelle, même à l’heure de donner la mort; à l’inverse, dans une exécution, on tue et on humilie à la fois.
- Si l’homme veut se faire Dieu, il s’arroge le droit de vie ou de mort sur les autres. Fabricant de cadavres, et de sous-hommes, il est sous-homme lui-même et non pas Dieu, mais serviteur ignoble de la mort.
- Bien des gens seraient capables de tuer un hommes pour prendre la graisse du mort et en frotter leurs bottes.
- Ils punissent de mort celui qui est convaincu d’avoir fait un crime pour cesser d’être pauvre et punissent de mépris celui qui a le courage de rester pauvre.
- Partout, les hommes se résignent aux sacrifices les plus durs plutôt que de se passer de gouvernement, partant de sécurité, et l’on ne saurait dire qu’en agissant ainsi, ils calculent mal.
- Tous les hommes sont mortels : mais pour chaque homme sa mort est un accident et, même s’il la connaît et y consent, une violence indue.