J’ai vécu comme une ombre Et pourtant j’ai su chanter le soleil.
Écrivain, 1895-1952J’ai vécu comme une ombre Et pourtant j’ai su chanter le soleil.
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Poésie et vérité 1942 (1942), La dernière nuit, 6
Je suis né derrière une façade affreuse J’ai mangé j’ai ri j’ai rêvé j’ai eu honteJ’ai vécu comme une ombre Et pourtant j’ai su chanter le soleil
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Dans la mesure où ma vie était devenue cette sorte d’autoroute au soleil de la passion, je supportais mal d’y voir la moindre ombre portée.
O soleil poignardé d’où jaillit le sang de l’aurore ! Mon cœur cette nuit s’est pris dans un lourd lacis de lianes et je n’ai point retrouvé la clairière du sommeil…
Le soleil est parti, mais j’ai la lumière.
Celui qui fait entrer le soleil dans sa vie fait fuir l’ombre.
J’ai ancré l’espérance, aux racines de la vie. Face aux ténèbres, j’ai dressé des clartés, planté des flambeaux, a la lisière des nuits.
Je reste seul à me consumer dans le noir – quand le soleil dérobe au monde sa lumière
D’autres, c’est par plaisir qu’ils s’étendent à terre, – moi, c’est dans mon malheur pour gémir et pleurer.
Je déguste la solitude, laisse une minute de silence fondre sur ma langue, seul le rayon de soleil poussiéreux vient me déranger.
Par la couleur du ciel et les plaintes du vent,
Par les tons nuancés du feuillage mouvant,
Par mon désir de rêve et mon cœur qui frissonne,
J’ai senti de là-bas venir vers nous l’automne.
Toute la poésie cachée qui était en moi s’est réveillée, dans la chaude lumière de ce radieux paysage, je sentais une émotion inconnue m’agiter, c’était le papillon de l’âme qui s’éveillait au fond de sa chrysalide et qui sentait palpiter ses ailes.
Je rêvais de rester là tout le jour, comme un lézard, à boire de la lumière, en écoutant chanter les pins.

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