Je rêvais de rester là tout le jour, comme un lézard, à boire de la lumière, en écoutant chanter les pins.
Écrivain, 1840-1897Je rêvais de rester là tout le jour, comme un lézard, à boire de la lumière, en écoutant chanter les pins.
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Lettres de mon moulin (1866), Les vieux
Le diable soit de l’amitié! Justement ce matin-là il faisait un temps admirable, mais qui ne valait rien pour courir les routes: trop de mistral et trop de soleil, une vraie journée de Provence. Quand cette maudite lettre arriva, j’avais déjà choisi mon cagnard (abri) entre deux roches, etje rêvais de rester là tout le jour, comme un lézard, à boire de la lumière, en écoutant chanter les pins…Enfin, que voulez-vous faire? Je fermai le moulin en maugréant, je mis la clef sous la chatière. Mon bâton, ma pipe, et me voilà parti.
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Par la couleur du ciel et les plaintes du vent,
Par les tons nuancés du feuillage mouvant,
Par mon désir de rêve et mon cœur qui frissonne,
J’ai senti de là-bas venir vers nous l’automne.
J’ai ancré l’espérance, aux racines de la vie. Face aux ténèbres, j’ai dressé des clartés, planté des flambeaux, a la lisière des nuits.
J’ai vécu comme une ombre Et pourtant j’ai su chanter le soleil.
J’aimerais pouvoir chaque jour me réjouir que le soleil se lève, scruter la nuit cousue d’étoiles et, pétri de gratitude, prendre place parmi les vivants ; passer ma vie comme en vacances.
J’y pensais le jour, j’en rêvais la nuit… Et à force de rêver, je m’aperçus en rêvant… Je ne sais comment, de je ne sais quoi.
Je m’endors en pensant comme chaque soir que le plus beau est à venir.
Je veux tellement me souvenir des belles choses de la vie, le ciel au crépuscule, le soleil à l’aube. Je ravale mes larmes toutes les nuits, je pleure pour Père et pour le monde et quand le soleil ne brillera plus pour moi, quand je serai partie, ma lumière évanouie.
J’aurai rêvé ma vie à l’instar des rivières Vivant en même temps la source et l’océan Sans pouvoir me fixer même un mince moment.
Je rêve d’un Etat où le loup et l’agneau boiraient ensemble, en toute quiétude, l’eau du même ruisseau. Mais je ne me contente pas de rêver, je construis.
On voit selon son cœur les événements en rêve. Tout fleurit à l’envi aux yeux troubles de vin.

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