La raison rétrécit la vie, comme l’eau rétrécit les tricots de laine.
Romancier, 1911-1985La raison rétrécit la vie, comme l’eau rétrécit les tricots de laine.
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L'enchanteur
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Le tonnerre est souvent nécessaire pour arracher à la torpeur croupissante d’une vie sans saveur.
La vie, c’est comme une bête qu’il faut dompter. Il faut bander ses muscles comme un pêcheur mettant à l’eau une pirogue rétive. À tout moment, la lame risque de la submerger, de l’emporter. Néanmoins il tient bon.
Quand l’eau déborde, les digues sont rompues ; quand le cœur déborde, l’entente est rompue.
L’eau est source de vie. C’est pourquoi elle coule de nos yeux devant la mort.
L’essentiel de la vie n’est peut-être qu’une peine à purger.
Lorsque le nénuphar, à force de grossir, a occupé la surface de l’étang, il finit par étouffer et crever. C’est donc la transformation du monde en vaste zone de misère qui est l’avenir de l’humanité.
Comme la teigne au vêtement et le ver au bois, ainsi nuit la tristesse au cœur de l’homme.
Plus la vie est agréable et douce et enchanteresse, plus horrible est l’idée de la perdre. Et c’est ainsi que se corrompent les cultures et que viennent les décadences.
Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les songes, et notre vie si courte a pour frontière un sommeil.
La misère ne s’empreint pas seulement sur les vêtements ; elle s’empreint sur la beauté. Cela se mêle au point qu’on pourrait dire que le vêtement devient maigre et le visage pauvre.

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