La mort ne nous livre pas seulement aux vers, mais aussi aux hommes, ils rongent une mémoire, ils la décomposent.
Poète, 1885-1970La mort ne nous livre pas seulement aux vers, mais aussi aux hommes, ils rongent une mémoire, ils la décomposent.
Poète, 1885-1970Partager sur
Source secondaire
Le mystère Frontenac (1933), p. 193
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Le grand tort des hommes, dans leur songe de bonheur, est d’oublier cette infirmité de la mort attachée à leur nature.
La pensée de la mort tient le croyant éveillé.
Si le bon Dieu a mis une mémoire dans l’âme des hommes, c’est autant pour oublier que pour se souvenir.
La pensée de la mort nous trompe ; car elle nous fait oublier de vivre.
Dieu a sans doute donné la venue lente de l’impuissance aux hommes pour leur apprendre à apprivoiser la mort…
La mort est le compagnon fidèle de l’alpiniste. On y pense sans cesse, on la côtoie, il faut s’y habituer.
Les hommes chantent parce qu’ils ont goûté à la mort.
Les morts ne meurent que s’ils meurent dans nos cœurs. Ils vivent si nous les chérissons, si nous honorons leur mémoire, si nous posons sur leurs tombes les mets qui de leur vivant ont eu leurs préférences, si à intervalles réguliers nous nous recueillons pour communier dans leur souvenir. (…) Quelques mots suffisent à les rameuter, pressant leurs corps invisibles contre les nôtres, impatients de se rendre utiles.
La mort fait ou défait un grand homme ; elle l’arrête au pas qu’il allait descendre, ou au degré qu’il allait monter : c’est une destinée accomplie ou manquée…
La mort, c’est ce qui permet à un homme de se retirer subitement du monde pour aller définitivement se mettre aux vers.

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