Ce langage qui était un ambigu précieux des choses de l’art et du monde.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Ce langage qui était un ambigu précieux des choses de l’art et du monde.
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La Prisonnière (1923), chapitre 2
… Le monde étant le royaume du néant, il n’y a, entre les mérites des différentes femmes du monde, que des degrés insignifiants, que peuvent seulement follement majorer les rancunes ou l’imagination de M. de Charlus. Et certes, s’il parlait, comme il venait de le faire, dansce langage qui était un ambigu précieux des choses de l’art et du monde, c’est parce que ses colères de vieille femme et sa culture de mondain ne fournissaient à l’éloquence véritable qui était la sienne que des thèmes insignifiants. Le monde des différences n’existant pas à la surface de la terre, parmi tous les pays que notre perception uniformise, à plus forte raison n’existe-t-il pas dans le « monde ». Existe-t-il, d’ailleurs, quelque part? Le septuor de Vinteuil avait semblé me dire que oui. Mais où? …
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Évidente, l’œuvre d’art n’en reste pas moins à jamais intraduisible, inexplicable, indicible par quelque autre langage – puisqu’elle ne renvoie qu’à elle-même.
Il n’y a pas de renom universel parce qu’il n’y a pas de langage universel.
L’œuvre d’art vit dans le regard de celui qui la voit.
Chaque poète se taille un langage dans le langage comme s’il découpait un étendard dans le parquet de l’univers, un tapis volant, un autre monde, un Mexique, un lexique. Mais c’est l’ensemble du langage ainsi, qu’il pervertit, déroute, exalte et restitue.
Lorsque la sculpture bavarde, je m’en détourne. Lorsque la musique décrit, je m’en détourne… Je veux que chacun des arts parle le langage qui lui est propre, au lieu de bégayer dans une langue étrangère.
La musique. Probablement la langue véritable du subconscient, la langue universelle au-delà du possible.
C’est une langue belle à qui sait la défendre / Elle offre les trésors de richesses infinies / Les mots qui nous manquaient pour pouvoir nous comprendre / Et la force qu’il faut pour vivre en harmonie
C’est la prose qui donne l’empire à une langue, parce qu’elle est tout usuelle : la poésie n’est qu’un objet de luxe.
L’art est le langage des sensations, qu’il passe par les mots, les couleurs, les sons ou les pierres.
D’un lambeau de papyrus ou d’un morceau de poterie, on peut remonter vers une civilisation disparue depuis des millénaires. À partir de la racine d’un mot, on peut rayonner à travers une constellation de vocables et de sens.
Les gravures hermétiques, où sont traduits en images les arcanes de l’alchimie. Ces compositions allusives demeurent totalement mystérieuses pour qui ne possède pas la clé de leur langage.

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