Un instant, j’ai pensé à ces phrases fantômes, ces réparties féroces, ces milliers de répliques jamais envoyées, demeurées suspendues, invisibles, ces griffes fières, jamais sorties de mon corps.
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- Les mots n’ont plus rien à nous dire; et tu veux des mots, des mots écrits. Laisse-moi me perdre dans ton regard, dans ton sourire, dans tous les souvenirs de mes yeux et de mon corps.
- Quant aux larmes, ces poèmes des corps, elles finiront dans ces zones intéressantes de la mémoire qu’on appelle l’oubli.
- Lorsque le corps a épuisé ses ressources, ce sont les mots qui prennent le relais et je m’évertue, dans une course folle contre un sablier imaginaire, à trouver ceux qui pourraient me sauver.
- Mon chat sur le carreau cherchant une litière Agite sans repos son corps maigre et galeux; L’âme d’un vieux poète erre dans la gouttière Avec la triste voix d’un fantôme frileux.
- L’esprit du doute, suspendu sur ma tête, venait de me verser dans les veines une goutte de poison; la vapeur m’en montait au cerveau, et je chancelais à demi dans un commencement d’ivresse malfaisante.
- Mais savez-vous combien d’occasions j’ai laissé échapper; combien de rêves j’ai laissé se perdre, qui s’étaient trouvés sur mon chemin ? Il hocha la tête, plein de regret : « Je crois que certains d’entre eux auraient été très beaux - si je les avais forcés à se réaliser. ».
- Il y a des visions qui se sont gravées dans ma mémoire et beaucoup a été oublié, mais la méfiance est restée inscrite dans mon corps, et aujourd’hui encore je m’arrête tous les quelques pas pour écouter.
- Je n’avais pas découvert que la ligne de fuite, trompeuse, du futur, devenait, comme dans un spectacle de magie inexplicable, l’étranglant carcan du passé. Que les projets devenaient regrets, les espoirs souvenirs, la vie la mort.
- Ami regarde-moi, j’ai le coeur qui renverse, la mémoire de ses yeux qui me colle à la peau Et dans les bars du port je cherche magie noire Pour délivrer mon corps du sort qu’on m’a jeté.
- Toute la poésie cachée qui était en moi s’est réveillée, dans la chaude lumière de ce radieux paysage, je sentais une émotion inconnue m’agiter, c’était le papillon de l’âme qui s’éveillait au fond de sa chrysalide et qui sentait palpiter ses ailes.
- Quelle que soit la quantité de mensonges, de faux souvenirs et de rêves, dont on s’entoure le long d’une vie, c’est toujours le même corps qu’on retrouve, au matin, dans l’éprouvante expérience du réveil; le corps est sans miracle.
- On n’entend que ces mots : chienne, louve, bagace. D’abord leurs scoffions ont volé par la place, et laissant voir à nu deux têtes sans cheveux, ont rendu le combat risiblement affreux.
- La même démarche me fait chercher le bruit caché dans le silence, le mouvement dans l’immobilité, la vie dans l’inanimé, l’infini dans le fini, des formes dans le vide, et moi-même dans l’anonymat.
- Les caresses ne sont que d’inquiets transports, infructueux essais du pauvre amour qui tente L’impossible union des âmes par les corps. Vous êtes séparés et seuls comme les morts, misérables vivants que le baiser tourmente !
- Si tu n’étais pas morte... Ces mots ne dansent pas sur mon cahier, mais blessent le silence de la marge.