Il y a des visions qui se sont gravées dans ma mémoire et beaucoup a été oublié, mais la méfiance est restée inscrite dans mon corps, et aujourd’hui encore je m’arrête tous les quelques pas pour écouter.
Image : Il y a des visions qui...

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- Un instant, j’ai pensé à ces phrases fantômes, ces réparties féroces, ces milliers de répliques jamais envoyées, demeurées suspendues, invisibles, ces griffes fières, jamais sorties de mon corps.
- Quant aux larmes, ces poèmes des corps, elles finiront dans ces zones intéressantes de la mémoire qu’on appelle l’oubli.
- Quelle que soit la quantité de mensonges, de faux souvenirs et de rêves, dont on s’entoure le long d’une vie, c’est toujours le même corps qu’on retrouve, au matin, dans l’éprouvante expérience du réveil; le corps est sans miracle.
- Les rêves ne suffisent pas quand les corps se séparent.
- Depuis des mois, je retarde le moment de fixer par écrit notre dernière nuit. De retourner dans la réalité physique de ce moment de grâce - je pèse mes mots - dont je ne conserve que l’élan, la densité, le mystère.
- Il est probable que la confiance totale que j’avais dans mes rêves empêchât que je ne me heurte aux aspérités de la réalité, et que c’est peut-être ainsi, de ne pas trop peser sur le monde des choses concrètes, que l’on force paradoxalement le destin.
- Je me replie. Je rentre en moi par mon oreille gauche. Mes pas retombent dans la solitude de mon crâne qu’illumine seule une constellation grenat. Je parcours à tâtons l’énorme salle démantelée. Portes murées, fenêtres condamnées.
- Lorsque le corps a épuisé ses ressources, ce sont les mots qui prennent le relais et je m’évertue, dans une course folle contre un sablier imaginaire, à trouver ceux qui pourraient me sauver.
- Des jours durant, j’ai tenté d’ignorer la voix de mon coeur, mais elle s’est faite de plus en plus puissante. Dans le recoin le plus caché de mon âme, j’existais encore et je croyais aux rêves.
- J’ai souvent relu mes premiers comptes rendus et vu l’ignorance, la naïveté puérile, le cerveau peu intelligent qui, dans une pièce obscure, regardait par le trou de la serrure, la lumière éblouissante du dehors.
- Si l’on rêve intensément à une chose, on finit toujours par la voir prendre corps.
- Au réveil d’un doux rêve, on voudrait se rendormir pour le continuer; mais vainement on s’efforce d’en ressaisir les vagues traces, comme les plis de la robe d’une femme aimée disparaissant derrière une portière qu’on ne pourrait soulever.
- Peut-être parce que certains événements attendus trop longtemps excèdent notre pouvoir de réaction, en débordant notre conscience, et ne sont plus ensuite assimilables que sous forme de rêves.
- A présent je ne le perçois plus avec les yeux mais l’apprenhende par l’esprit (shen). Là où s’arrête la connaissance sensorielle, c’est le désir de l’esprit qui a libre cours.
- J’y pensais le jour, j’en rêvais la nuit... Et à force de rêver, je m’aperçus en rêvant... Je ne sais comment, de je ne sais quoi.