C’est à ceux que notre société rejette, les cassés, les tordus, les handicapés, les anormaux, que je dois la vie.

C’est à ceux que notre société rejette, les cassés, les tordus, les handicapés, les anormaux, que je dois la vie.

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Plus fort que la haine
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Moi je suis méchante : ça veut dire que j’ai besoin de la souffrance des autres pour exister.
Celui qui, selon nous, ne vaut pas une chandelle, le voici devenu indispensable à notre vie collective.
Règle de vie : Toujours essayer de réduire mes propres souffrances à ce qu’elles ont d’universel et d’anonyme, et considérer celles des autres comme uniques et irréductibles.
La vie et la mort, la souffrance et la joie, les ampoules des pieds meurtris, le jasmin derrière la maison, les persécutions, les atrocités sans nombre, tout, tout est en moi et forme un ensemble puissant, je l’accepte comme une totalité indivisible.
Il doit y avoir dans le monde une tripotée de gens comme moi, qui ont envie de mourir, mais qui n’en ont pas le courage.
La vie a une grande valeur pour celui qui la méprise.
Il y a des gens qu’on approuve dans le monde, qui n’ont pour tout mérite que les vices qui servent au commerce de la vie.
Aimer sans espoir, être dégoûté de la vie, constituent aujourd’hui des positions sociales.
La vie n’a que faire des pauvres individus que nous sommes, tant que nous en produisons d’autres, semblables ou, mieux, différents.
Je sens dans l’air de grandes mains blanches et avides qui tâchent de saisir à la gorge et de vider de toute vie quiconque cherche à vivre, à vivre au-delà de l’argent.

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