Je m’accoutumais à languir, à ne pas dormir, à penser au lieu d’agir, et enfin à regarder le dépérissement successif et lent de ma machine, comme un progrès inévitable que la mort seule pouvait arrêter.
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- J’aurais aimé mon état, je l’aurais honoré peut-être, et après avoir passé une vie obscure et simple, mais égale et douce, je serais mort paisiblement dans le sein des miens.
- Il est également absurde de vivre en perdant de vue le paramètre absolue de la mort que de laisser la pensée de la mort prochaine gâcher mon existence.
- Mon affinité avec la mort a commencé dès mon plus jeune âge non pas par excès de morbidité mais par conscience de la finitude et plus exactement de Ma finitude. Mon corps d’enfant contenait à lui seul tous les signes infaillibles d’un défaut d’infini.
- Et pourtant, me réveillant en sursaut et me répétant soudain que tu es mort, j’ai cette sensation terrible de ne plus exister, que toutes ces années sont tombées en poussière et qu’il ne reste plus rien d’important à vivre d’autre que le souvenir de nous.
- Qu’entre l’erreur et le mensonge. Car je confonds la vie, la mort, l’inexistence qui me rongent. Oh, naître enfin ! Tirage au sort.
- En fait, au fond, toujours ceci : comme si j’étais comme mort.
- La vie commence à ne plus m’intéresser, j’ai d’ailleurs songé quelques fois à me supprimer, n’y renonçant que faute de courage.
- Ma vie est comme une plume sur le dos de ma main, attendant le vent de la mort.
- Une seconde après ma mort, j’aurai oublié tous ces éléments qui ont fait ma vie. Cela n’empêche pas que, au cours de cette vie, l’itinéraire que j’aurai emprunté, les décisions que j’aurai prises importent.
- On peut m’objecter que vivre la nuit, c’est compenser une solitude en s’entourant artificiellement d’autres solitudes. Je pense plutôt que c’est vouloir vivre plus intensément, grignoter des minutes éveillées sur la petite mort du sommeil, tenter d’avoir des journées de vingt-quatre heures, pousser la machine humaine à son maximum.
- Le meilleur de ton repos, c’est le sommeil, et tu le provoques souvent de toi même; cependant, tu crains violemment la mort qui n’est rien de plus.
- Singulier monde, que celui du rêve ! Les pensées, les paroles intérieures, en dedans, se pressent, fourmillent. Tout ce petit monde se hâte de vivre avant le réveil, qui est sa fin, sa mort à lui.
- Il se dit qu’il ne devait pas avoir peur de la mort. Il se dit que ce serait comme un sommeil, éternel et insouciant, un temps blafard sans temps ni rêves.
- Pendant les inhumations, tout était au ralenti, les gestes, les sourires, les signes de tête, on aurait dit que tous les instincts savaient que cela représentait en quelque sorte le respect de la mort elle-même.
- Quand on regarde longuement un mort, on finit toujours par discerner d’imperceptibles mouvements sur son visage. Cette illusion doit tenir au fait que nous n’arrivons pas à nous résigner à son irrémédiable immobilité.