On peut m’objecter que vivre la nuit, c’est compenser une solitude en s’entourant artificiellement d’autres solitudes. Je pense plutôt que c’est vouloir vivre plus intensément, grignoter des minutes éveillées sur la petite mort du sommeil, tenter d’avoir des journées de vingt-quatre heures, pousser la machine humaine à son maximum.
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- Si vous ne trouvez pas un moyen de gagner de l’argent pendant que vous dormez, vous travaillerez jusqu’à votre mort.
- Dormir est une façon de mourir ou tout au moins de mourir à la réalité, mieux encore, c’est la mort de la réalité.
- Dormir, c’est du temps perdu. Dormir me fait peur. C’est une forme de mort.
- Je n’avais pas dormi depuis quarante-huit heures, ou plutôt j’avais sommeillé en permanence pendant cette interminable durée brumeuse de voyage ininterrompu, où, dans des heures égales, les jours ne se différenciaient pas des nuits.
- Ecrire n’est-ce pas se lever au milieu de la nuit, parmi les choses réelles et irréelles, proches et étrangères, aller jusqu’au bout de sa folie, troubler le sommeil des gisants, annoncer l’aube ?
- Vivre, c’est se réveiller la nuit dans l’impatience du jour à venir, c’est s’émerveiller de ce que le miracle quotidien se reproduise pour nous une fois encore, c’est avoir des insomnies de joie.
- Equilibre dangereux, le mien, danger de mort d’âme. La nuit d’aujourd’hui me regarde avec torpeur, patine et glu. Je veux, au sein de cette nuit qui est plus longue que la vie, je veux, au sein de cette nuit, la vie crue et sanglante et pleine de salive.
- J’aime les heures déconnectées de tout; ces instants où l’on n’a pas de comptes à rendre à sa propre vie.
- Autrefois, pour un procès d’assises, comme celui de Bobigny, je pouvais travailler une nuit entière sur un dossier, me doucher, prendre un café et aller plaider. Aujourd’hui, je ne pourrais pas aller au-delà d’une heure du matin. Mais c’est assez minime.
- Le meilleur de ton repos, c’est le sommeil, et tu le provoques souvent de toi même; cependant, tu crains violemment la mort qui n’est rien de plus.
- On n’a certe pas besoin de compagnie tous les jours, mais la solitude est quelque chose qui croît en vous, peut vous enserrer et vous étouffer comme le lierre.
- Il est inélégant de se plaindre de la vie tant qu’on peut s’aménager une heure de solitude par jour.
- Vivre éternellement serait aussi difficile - me semble-t-il - que dormir toute la vie.
- Le sommeil est un mystère et, en tant que tel, il touche la mort d’un côté, et l’amour de l’autre.