Je n’avais pas dormi depuis quarante-huit heures, ou plutôt j’avais sommeillé en permanence pendant cette interminable durée brumeuse de voyage ininterrompu, où, dans des heures égales, les jours ne se différenciaient pas des nuits.
Image : Je n’avais pas dormi depuis quarante-huit...

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- Puis la nuit, doucement, était tombée, et nous étions toujours ensemble, silhouettes en ombres on ne peut plus chinoises éclairées par intermittence par de mouvants jeux de lumière liquide verte et rouge.
- L’absence. Le lit comme un désert. J’ai mesuré la durée de mon sommeil à l’étendue qui nous sépare.
- Les nuits où nous avons dormi sont comme si elles n’avaient jamais été. Restent seules dans notre mémoire celles où nous n’avons pas fermé l’oeil : nuit veut dire nuit blanche.
- On peut m’objecter que vivre la nuit, c’est compenser une solitude en s’entourant artificiellement d’autres solitudes. Je pense plutôt que c’est vouloir vivre plus intensément, grignoter des minutes éveillées sur la petite mort du sommeil, tenter d’avoir des journées de vingt-quatre heures, pousser la machine humaine à son maximum.
- Autrefois, pour un procès d’assises, comme celui de Bobigny, je pouvais travailler une nuit entière sur un dossier, me doucher, prendre un café et aller plaider. Aujourd’hui, je ne pourrais pas aller au-delà d’une heure du matin. Mais c’est assez minime.
- Dormir, c’est du temps perdu. Dormir me fait peur. C’est une forme de mort.
- Il y a des heures normales et d’autres bizarres où le temps paraît figer et glisser, où la vie - la vraie vie - semble être à la fois proche et très lointaine.
- L’habitude est une somnolence, ou tout au moins un affaiblissement de la conscience du temps.
- Je n’ai jamais siégé dans l’Hémicycle après minuit. Car, après minuit, on vote des conneries. A minuit, un radical dort ou baise.
- Le sommeil annule le temps qui n’existe que dans notre imagination. En vous réveillant dans l’obscurité, vous ne savez pas si vous avez dormi dix secondes ou dix heures.
- Non, je ne peux plus les voir dormir. Le sommeil écrasant qui les emporte ressemble trop à l’autre sommeil. Ces visages détendus ou crispés, ces faces couleur de terre, j’ai vu les pareils, autour des tranchés, et les corps ont la même pose, qui dorment éternellement dans les champs nus.
- Les heures de la nuit sont lentes et funèbres. L’angoisse comme un drap mouillé colle à ma chair; Et ma pensée, ainsi qu’un vaisseau sous l’éclair, roule, désemparée, au large des ténèbres.
- Telle était la fatigue de son long voyage qu’il s’endormit, malgré le trouble extrême de sa pensée, de ce sommeil obscur de la bête recrue, où il n’y a plus place même pour le rêve.
- Depuis des mois, je retarde le moment de fixer par écrit notre dernière nuit. De retourner dans la réalité physique de ce moment de grâce - je pèse mes mots - dont je ne conserve que l’élan, la densité, le mystère.