Que voit-on dans le monde ? Partout un respect naïf et sincère pour des conventions absurdes, pour une sottise (les sots saluent leur reine), ou bien des ménagements forcés pour cette même sottise (les gens d’esprit craignent leur tyran).
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- Il faudrait pouvoir unir les contraires, l’amour de la vertu avec l’indifférence pour l’opinion publique, le goût du travail avec l’indifférence pour la gloire, et le soin de sa santé avec l’indifférence pour la vie.
- C’est la philosophie qui découvre les vertus utiles de la morale et de la politique. C’est l’éloquence qui les rend populaires. C’est la poésie qui les rend pour ainsi dire proverbiales.
- Les sots, les ignorants, les gens malhonnêtes, vont prendre dans les livres des idées, de la raison, des sentiments nobles et élevés, comme une femme riche va chez un marchand d’étoffes s’assortir pour son argent.
- Souvenez-vous, me dit-il, pour ne vous y jamais tromper, que les Grands ne sont généralement grands que par notre petitesse et que c’est le respect aveugle et pusillanime qu’un ridicule préjugé nous inspire pour eux, qui les élève à nos yeux.
- Apostrophes était parfois rasoir, mais, croyez-moi, c’était involontaire. J’ai toujours considéré que le premier irrespect qu’on doit à la culture, surtout à la télévision, c’est l’humour - lequel a d’ailleurs fait de beaux enfants à la culture.
- La coutume, cette loi non écrite. Dont le peuple, même aux rois, impose le respect.
- Le monde est plein de respect pour l’habileté, sous quelque forme qu’elle se montre. Pour lui le résultat fait en tout la loi.
- Qu’est-ce que gouverner le monde sinon faire croire à des imbéciles qu’ils pensent d’eux-mêmes, ce que nous leur faisons penser ?
- Hypocrisie donc que de parler de symbiose de civilisations, de profits réciproques dans une communauté dont les universités ignorent jusqu’aux noms de nos grands penseurs et passent sous silence l’histoire de nos empires. Seuls peuvent s’en accommoder les tenants d’un cosmopolitisme culturel habillé d’oripeaux exotiques.
- Le monde cède au bluff. Même le monde le plus sérieux, le plus rigide, même le vieil ordre, s’il ne cède jamais à l’exigence de justice, s’il ne plie jamais devant le peuple qui s’insurge, plie devant le bluff.
- Hypocrisie, la politesse, disent les impolis pour se justifier. Mais il ne tient qu’à eux de la rendre sincère. La politesse qui n’est que politique prouve déjà une délicatesse dans la ruse. On ne justifie pas l’impolitesse par le souci de sincérité.
- Ceux qui dirigent le peuple sont aussi des sots : mais au lieu d’obéir à des hommes, ils obéissent à des principes, lesquels ne peuvent être que niais, stériles et faux, par cela même qu’ils sont des principes, c’est-à-dire des idées réputées certaines et immuables, en ce monde où l’on n’est sûr de rien, puisque la lumière est une illusion, puisque le bruit est une illusion.
- Le monde est généralement conduit par des sots qui ne comprennent pas grand-chose à la vie et aux hommes, qui prennent des décisions à tâtons, moyennant quoi tout va cahin-caha, ponctué, si l’on peut dire, de catastrophes «moyennes».
- C’est l’idée morale des choses qui nous effraye; un serpent nous fait horreur dans la nature, et les boudoirs de jolies femmes sont remplis d’ornements de ce genre : tous les animaux en pierre que nous ont laissés les Égyptiens, des crapauds, etc.
- En considérant le monde tel qu’il est, nous trouverons folie de nier que la vilénie est une voie de succès plus sûre que la vertu. Quand l’Ecriture parle du levain de l’iniquité, elle entend le levain qui fait monter les hommes.