Je retire toute confiance à une civilisation qui a trahi l’esprit au profit du corps.

Source : Corpus delicti : un procès (2010)
Source indiquée, pas encore vérifiée sur le texte original. Comment nous vérifions
Je retire toute confiance à une civilisation qui a trahi l’esprit au profit du corps.

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Je retire toute confiance à l’imbécile qui a ôté l’écriteau à l’entrée de ce monde : « Attention, la vie peut conduire à la mort. ».
D’un seul coup, j’apaiserais pour un siècle la famine spirituelle, imaginative et morale de notre époque.
Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
Chez l’homme civilisé, la crainte de ses morts n’a rien de commun avec le mysticisme des primitifs. Elle est un retour de flamme de sa conscience, un déguisement de ses remords.
Le déni de l’anatomie et du corps comme destin ne date pas d’hier. Il fut bien plus virulent dans toutes les sociétés antérieures à la nôtre. Ritualiser, cérémonialiser, affubler, masquer, mutiler, dessiner, torturer – pour séduire : séduire les dieux, séduire les esprits, séduire les morts. Le corps est le premier grand support de cette gigantesque entreprise de séduction.
J’ai tant donné sans recevoir, c’est ça nos vies, pas d’œuvre d’art, j’fais qu’avancer à contre cœur.
C’est là-dessus qu’est bâtie la civilisation, la culpabilité. C’est une émotion sous-estimée.
L’empire du fait qui avait porté si haut notre civilisation est à peu près ruiné par un mauvais usage de la raison.
C’est à ceux que notre société rejette, les cassés, les tordus, les handicapés, les anormaux, que je dois la vie.
Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit.

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