Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit.
Écrivain, 1900-1944 Image : auteur inconnu, Domaine public, Wikimedia Commons Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit.
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Pilote de guerre (1942)
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J’avais le privilège de vivre depuis le début, constamment, en toute conscience, ce qu’on finit toujours par découvrir dans la stupeur et le désarroi : l’homme qu’on aime est un étranger.
J’ai vécu jour après jour la différence entre lui et moi, coulé dans un univers rétréci, bourrée jusqu’à la gueule de minuscules soucis. De solitude. Je suis devenue la gardienne du foyer, la préposée à la subsistance des êtres et à l’entretien des choses.
Mon charme me conférait un certain pouvoir – mais je voulais aussi être quelqu’un de bien.
Le Moyen-Âge ne m’a retenu que parce qu’il avait le pouvoir quasi magique de me dépayser, de m’arracher aux troubles et aux médiocrités du présent et en même temps de me le rendre plus brûlant et plus clair.
Ma plus grande victoire a été d’apprendre à m’accepter en tant que personne, avec tous mes défauts… Je suis loin de ressembler à l’être humain que j’aimerais être. Mais j’ai décidé que je n’étais pas si mal, après tout.
J’avais dans ma façon de vivre au moins cet avantage sur les gens obligés de chercher leur amusement au dehors, dans la société et le théâtre, que ma vie elle-même était devenue mon amusement et jamais ne cessa d’être nouvelle.
J’ai la passion innée de contredire les gens, toute mon existence ne fut en somme qu’une suite de contradictions malheureuses entre mon cœur et mon cerveau, la présence d’un enthousiaste me glace.
Dans mes jours d’angoisse et d’injustice, j’étais jalouse de tous les biens que tu pouvais et que tu devais me préférer.
Toutes les joies – animales et humaines – d’une vie libre sont à moi. J’ai échappé à tout ce qui est artificiel, conventionnel, coutumier.
Je découvre avec mélancolie que mon égoïsme n’est pas si grand puisque j’ai donné à autrui le pouvoir de me faire de la peine.

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