La reconnaissance des pauvres est une nouvelle demande d’aumône.
Écrivain · 1941-1999La reconnaissance des pauvres est une nouvelle demande d’aumône.
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Source vérifiée
Les naufragés de l’intelligence (2000), p. 272
Puis, soudain, un silence. Clemenceau venait de faire son entrée. Il avait ses gants gris et, dans l’allure, de la grandeur. Il ne s’imaginait certes pas que, quelques mois plus tard, il entrerait dans l’obscurité par la porte large ouverte de l’ingratitude de ce peuple français qu’il avait sauvé.
L’ingratitude de l’âme est une disposition naturelle à ne reconnaître aucun bienfait, et, cela, sans considération de l’intérêt ; car l’esprit d’avarice empêche quelquefois la reconnaissance pour ne pas laisser aller un bien que l’on veut garder.
Si les courtes mémoires considèrent la gratitude comme un fardeau, son poids est relatif à leur propre manque de générosité. C’est aussi, peut-être, parce qu’elles ignorent que la gratitude porte en elle l’un des sentiments les plus vivifiants: l’admiration !
Le bienfait a pour salaire la reconnaissance. Malheur à celui qui rend le mal pour le bien qu’il a reçu.
Quand nous faisons besoin, nous autres misérables,
Nous sommes les chéris et les incomparables ;
Et dans un autre temps, dès le moindre courroux,
Nous sommes les coquins qu’il faut rouer de coups.
Les hommes ne sont pas seulement sujets à perdre le souvenir des bienfaits et des injures : ils haïssent même ceux qui les ont obligés, et cessent de haïr ceux qui leur ont fait des outrages.
Maudire une République qui vous reçoit, qui vous instruit, qui vous assiste et qui vous soigne, ce n’est pas de la légitime défense, c’est le comble de l’ingratitude.
L’ingratitude est un gain de temps.
Le bien a pour tombeau l’ingratitude humaine.
Le sentimental est celui qui voudrait le profit sans assumer la dette accablante de la reconnaissance.