La mort, dit-on, nous acquitte de toutes nos obligations.
Philosophe, 1533-1592 Image : auteur inconnu, Domaine public, Wikimedia Commons La mort, dit-on, nous acquitte de toutes nos obligations.
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Essais (1595)
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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La mort, c’est une évasion définitive.
En pleine vie, nous appartenons déjà à la mort !
Ce qui s’en va à notre mort est le meilleur de nous-même : les débris de notre innocence, les bienfaits de nos larmes et de nos rires, les caresses que nous avons su offrir, l’amour qui a pu échapper aux griffes de notre égoïsme.
Nous ne devenons pas autres pour mourir. J’interprète toujours la mort par la vie.
La mort, mon Jacques, c’est avec le temps qu’elle nous écrase, nous, les survivants.
Nous faisons une situation fausse aux morts en les raccrochant à notre vie. C’est leur enlever, s’ils en ont une, leur liberté de mort.
La mort, c’est la fin des opinions. Mourir, c’est troquer nos opinions contre un point de vue. (Imprenable, le point de vue !).
Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourons nous-mêmes.
Nous sentons l’urgence de tout ce que nous vivons sur fond de notre propre mort.
Les morts ne meurent que s’ils meurent dans nos cœurs. Ils vivent si nous les chérissons, si nous honorons leur mémoire, si nous posons sur leurs tombes les mets qui de leur vivant ont eu leurs préférences, si à intervalles réguliers nous nous recueillons pour communier dans leur souvenir. (…) Quelques mots suffisent à les rameuter, pressant leurs corps invisibles contre les nôtres, impatients de se rendre utiles.

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