Je laissai ainsi bifurquer mon premier amour, comme plus tard je laissai bifurquer ma politique, de la façon la plus maladroite.
Écrivain, 1823-1892Je laissai ainsi bifurquer mon premier amour, comme plus tard je laissai bifurquer ma politique, de la façon la plus maladroite.
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Source vérifiée
Souvenirs d’enfance (E. Renan) (1883), chapitre 2
… Je me figurais vaguement que la femme qui n’est pas très jolie doit être malheureuse et se dévorer intérieurement, comme si elle avait manqué sa destinée. J’allais avec la moins aimée plus qu’avec Noémi, car je la voyais triste.Je laissai ainsi bifurquer mon premier amour, comme plus tard je laissai bifurquer ma politique, de la façon la plus maladroite.Une ou deux fois je vis Noémi rire sous cape de ma naïveté. Elle était toujours gentille pour moi, mais il y avait par momens chez elle une petite nuance d’ironie qu’elle ne dissimulait pas, et qui ne faisait que me la rendre plus charmante encore.
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Les serments d’amour m’irritent, se plaignait la marguerite. Car c’est là mon infortune, aussitôt que débute une affaire sentimentale, j’y laisse tous mes pétales.
C’est de ma faute aussi. Je l’ai ennuyé avec mon amour. J’ai vidé mon cœur dans le sien. Jusqu’à la dernière goutte. Je l’ai rassasié. Il n’y a pas seulement l’amour, il y a la politique de l’amour, disait Barbey d’Aurevilly.
À cet instant où mon cœur est brisé par un abandon si cruel et une trahison si basse.
La vie commence à ne plus m’intéresser, j’ai d’ailleurs songé quelques fois à me supprimer, n’y renonçant que faute de courage.
En politique, j’ai accédé au stade jubilatoire de la désillusion.
Je suis tombé amoureux comme on attrape une maladie. Sans le vouloir, sans y croire, contre mon gré et sans pouvoir m’en défendre.
Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu.
Le désintérêt, le désamour de soi, d’une certaine idée de soi-même, était le premier pas sur le chemin de l’abandon.
J’ai la passion innée de contredire les gens, toute mon existence ne fut en somme qu’une suite de contradictions malheureuses entre mon cœur et mon cerveau, la présence d’un enthousiaste me glace.
J’étais dans une apesanteur de fin d’histoire d’amour, la brusque suspension des sentiments, une sorte de vertige que donnent le détachement, la distance, une appréhension différente du temps.

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