Familles ! Je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées, possessions jalouses du bonheur.
Écrivain, 1869-1951 Image : Ottoline Morrell (1873-1938), Domaine public, Wikimedia Commons Familles ! Je vous hais ! Foyers clos ; portes refermées, possessions jalouses du bonheur.
Écrivain, 1869-1951 Image : Ottoline Morrell (1873-1938), Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
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Les Nourritures terrestres (1897)
Les soirs, je regardais dans d’inconnus villages les foyers, dispersés au jour, se reformer. — Le père rentrait, las de travail; les enfants revenaient de l’école. La porte de la maison s’entr’ouvrait un instant sur un accueil de lumière, de chaleur et de rire, et puis se refermait pour la nuit. Rien de toutes les choses vagabondes n’y pouvait plus rentrer, du vent grelottant du dehors. —Familles! je vous hais! foyers clos; portes refermées; possessions jalouses du bonheur.— Parfois, invisible de nuit, je suis resté, penché vers une vitre, à longtemps regarder la coutume d’une maison. Le père était là, près de la lampe; la mère cousait; la place d’un aïeul restait vide; un enfant, près du père, travaillait; — et mon cœur se gonfla du désir de l’emmener avec moi sur les routes.
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Soit voué, misérable, à l’angoisse, à la haine, a la luxure, à la soif de l’or et du sang, a la peur, avant-goût de l’ardente Géhenne !
La haine pour les favoris n’est autre chose que l’amour de la faveur…
Ces robes folles sont l’emblème De ton esprit bariolé ; Folle dont je suis affolé, je te hais autant que je t’aime !
Heureux ceux qui souffrent ! Cette parole insensée hante toujours vos cœurs debiles et vous avez peur de la joie, par vanité.
Plaisirs des jours premiers, jeux, rires, gais soleils,
Et toi, divin Amour, frère de la jeunesse,
Tourment de l’âge mûr, regret de la vieillesse,
De vous je ne veux rien ! Loin de là, je vous fuis.
Ton destin malheureux t’a fait prendre une femme Qui n’a ni grand bien, ni pudeur : D’ami de tes amants fuis le surnom infâme. De crainte d’ajouter le crime au déshonneur.
Celui qui n’a pas su haïr la servitude, celui-là ne peut pas t’aimer – ô solitude !
Ne détestez rien car ce que vous détestez pourrait faire votre bonheur.
Amour, amour ! Ton véritable nom est jalousie.
Jamais vous ne serez dignes du bonheur, tant que vous aurez quelque chose à vous, et que votre haine des bourgeois viendra uniquement de votre besoin enragé d’être des bourgeois à leur place.

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