Je m’étonne que la plupart des hommes aient si peur des spectres, eux qui acceptent si facilement de parler aux morts dans leurs songes.
Poète, 1903-1987 Image : Winoksbergen Bernhard De Grendel, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons Je m’étonne que la plupart des hommes aient si peur des spectres, eux qui acceptent si facilement de parler aux morts dans leurs songes.
Poète, 1903-1987 Image : Winoksbergen Bernhard De Grendel, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Mémoires d'Hadrien: suivi de Carnets de notes de Mémoires d'Hadrien
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
Ne sois point d’une humeur soupçonneuse et timide, les hommes les plus malheureux Sont ceux en qui la crainte et le soupçon réside ; La mort, en quelque sorte, est moins triste pour eux.
Les Hommes n’aiment pas la vie et pourtant ils ont peur de la mort.
C’est curieux comme on est, avec les morts : d’abord on jette dessus plein de bruits, de prières et de cris, ensuite on les recouvre sous des pelletées de silence. Dans les deux cas on ne veut rien en voir.
L’homme lutte contre la peur mais, contrairement à ce qu’on répète toujours, cette peur n’est pas celle de la mort, car la peur de la mort, tout le monde ne l’éprouve pas, certains n’ayant aucune imagination, d’autres se croyant immortels, d’autres encore espérant des rencontres merveilleuses après leur trépas ; la seule peur universelle, la peur unique, celle qui conduit toutes nos pensées, c’est la peur de n’être rien.
Les hommes chantent parce qu’ils ont goûté à la mort.
C’est curieux, c’est très souvent les gens qui ont le moins goûté de la vie qui ont le plus peur de la mort.
Les hommes devraient toujours craindre, alors qu’ils comparent leur situation à d’autres réellement plus fâcheuses, que le Ciel ne les oblige à échanger l’une pour les autres, et ne leur prouve par expérience la folie de leurs plaintes précédentes.
La mort ne nous livre pas seulement aux vers, mais aussi aux hommes, ils rongent une mémoire, ils la décomposent.
Les paroles d’un homme mort se modifient dans les entrailles des vivants.
Chez l’homme civilisé, la crainte de ses morts n’a rien de commun avec le mysticisme des primitifs. Elle est un retour de flamme de sa conscience, un déguisement de ses remords.

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.