Une culture se doit d’être insatisfaite. Sinon elle succombe.
Écrivain, 1923-2012Une culture se doit d’être insatisfaite. Sinon elle succombe.
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Le livre de la déraison souriante
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La culture n’est pas un plaisir. La culture, c’est un effort permanent de l’être pour échapper à sa vile condition de primate sous-civilisé.
Sans culture, l’esprit s’use et perd son ressort : une vie imbécile est semblable à la mort.
Une civilisation meurt quand elle recule sur ses principes et ses valeurs, et quand ceux qui les remettent en question avancent.
Toute culture naît du mélange, de la rencontre, des chocs. À l’inverse, c’est de l’isolement que meurent les civilisations.
La culture n’est pas un supplément d’âme que s’offrirait une société de consommation repue. Elle est notre boussole.
Plus la vie est agréable et douce et enchanteresse, plus horrible est l’idée de la perdre. Et c’est ainsi que se corrompent les cultures et que viennent les décadences.
Qui sait si toute notre culture n’est pas une hypertrophie, un écart, un développement insoutenable, qu’une ou deux centaines de siècles aura suffit à produire et à épuiser ?
La culture classique reste une valeur essentielle, mais la plus-value qu’on en retire, pour soi et aux yeux des autres, a baissé à la bourse de l’humanisme.
Ce qui tuera l’ancienne société, ce ne sera ni la philosophie, ni la science. Elle ne périra pas par les grandes et nobles attaques de la pensée, mais tout bonnement par le bas poison, le sublimé corrosif de l’esprit français : la blague.
La stupidité et la tristesse de la civilisation présente sont dues, au moins en partie, à la suppression des formes élémentaires de la jouissance esthétique dans la vie quotidienne.

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