Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Le Temps retrouvé (1927), chapitre III
… Mais tout de même, quand un être est si mal conformé (et peut-être dans la nature cet être est-il l’homme) qu’il ne puisse aimer sans souffrir, et qu’il faille souffrir pour apprendre des vérités, la vie d’un tel être finit par être bien lassante.Les années heureuses sont les années perdues, on attend une souffrance pour travailler.L’idée de la souffrance préalable s’associe à l’idée du travail, on a peur de chaque nouvelle œuvre en pensant aux douleurs qu’il faudra supporter d’abord pour l’imaginer. …
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
Les années s’écoulent et elles emportent nos forces et nous amènent les infirmités ; elles nous ôtent pièce à pièce tous nos moyens de plaisir ; elles nous laissent pour nourriture le passé qui est triste, et pour perspective l’avenir qui est court.
La vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime. On laisse derrière soi une traînée de douleurs. Le destin nous ahurit par une prolixité de souffrances insupportables. Après cela, on s’étonne que les vieilles gens rabâchent.
Vieillir. La vie qui s’étire tristement.
La tristesse rend vieux avant l’heure.
Vieillir, c’est apprendre à perdre. Encaisser, chaque semaine ou presque, un nouveau déficit, une nouvelle altération, un nouveau dommage. Voilà ce que je vois. Et plus rien ne figure dans la colonne des profits.
À vingt ans, la rupture entre le plein et le vide est brutale. On ne sait pas se prévenir de la souffrance. Le bonheur qui nous arrive, on le croit éternel. Puis un jour on s’aperçoit que l’un et l’autre se remplace : la souffrance, le bonheur.
Être heureux, c’est avoir de mauvais moments et savoir qu’ils sont temporaires.
La vie est courte et l’espérance est longue, tout le bonheur me fuit et le malheur s’attarde.
Il n’est pas de douleur plus grande que de se souvenir des temps heureux dans la misère.
Arrive-t-il un moment de la vie où le bonheur est passé, où l’on n’attend plus rien ? Est-ce cela que vieillir ? Lorsque aujourd’hui ne parle que d’hier, quand le présent n’est plus qu’un trait de nostalgie que l’on cache pudiquement par des éclats de rire ?

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.