Dès 1916, j’avais su décrocher la blessure heureuse. Une blessure pas assez grave pour m’empêcher de jouir de la vie, assez grave pour en faire accroire.
1893-1945Dès 1916, j’avais su décrocher la blessure heureuse. Une blessure pas assez grave pour m’empêcher de jouir de la vie, assez grave pour en faire accroire.
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La comédie de Charleroi
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Pour la première fois, j’associais alcool et ravage, maladie, naufrage, méchantes paroles, violence, dépendance et mort. Je fus alors effleuré par une tristesse qui ne me quitta plus.
J’ai découvert que l’on pouvait supporter l’insupportable si l’on gardait le moral, même quand le corps souffrait.
Quand le trait qui nous frappe est encore aiguisé par l’ingratitude, la blessure est d’autant plus vive.
Je me suis consolé dans les bras de la guerre… Une maîtresse terrible qui ne s’envoie en l’air que dans le sang et les ruines.
Que sont pauvres ceux qui n’ont pas la patience ! Quelle blessure n’a jamais guéri que par degrés ?
J’ai appris depuis longtemps que, pour soigner mes blessures, je devais avoir le courage de les regarder en face.
Moi-même, j’étais à quelques pas de mon inconnue, combattant pour ne pas être écrasé, et jouant des coudes et du corps.
Je connus tout, y compris une douleur inattendue, très cuisante, et qui ressemblait beaucoup à l’âcre frisson de l’amour-propre blessé.
En supposant que j’étais malade, il m’était permis de croire que j’allais guérir, ce qui m’accordait un espoir de délivrance – espoir auquel je devais renoncer, si j’attribuais une réalité aux cauchemars embrouillés que je venais de traverser.
Je n’ai plus peur de mourir. Je croyais que la mort était trop ample pour moi. Non. Elle était à ma taille.

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