Dès 1916, j’avais su décrocher la blessure heureuse. Une blessure pas assez grave pour m’empêcher de vivre, assez grave pour en faire accroire.
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- En supposant que j’étais malade, il m’était permis de croire que j’allais guérir, ce qui m’accordait un espoir de délivrance - espoir auquel je devais renoncer, si j’attribuais une réalité aux cauchemars embrouillés que je venais de traverser.
- Ils n’ont pas vu mes larmes. Ils n’ont pas entendu mes cris de rage. Ne plus faire semblant, c’était croire en leur victoire, c’est accepter de vieillir. Le temps a passé, je ne fais plus semblant. J’avance sans masque, sans défense.
- Il faut être fou ou bête pour croire que la douleur purifie. Elle avilit l’homme, elle le punit sans raison.
- Je connus tout, y compris une douleur inattendue, très cuisante, et qui ressemblait beaucoup à l’âcre frisson de l’amour-propre blessé.
- Pour la première fois, j’associais alcool et ravage, maladie, naufrage, méchantes paroles, violence, dépendance et mort. Je fus alors effleuré par une tristesse qui ne me quittera plus.
- Ma vie est aussi cabossée que mon visage. Mon nez, à lui seul, compte vingt-sept fractures. Vingt-trois proviennent de la boxe; quatre, de mon père.
- Toute ma vie, je n’ai vu que des temps troublés, d’extrêmes déchirements dans la société, et d’immenses destructions; j’ai pris part à ces troubles.
- Quand le trait qui nous frappe est encore aiguisé par l’ingratitude, la blessure est d’autant plus vive.
- Je me suis consolé dans les bras de la guerre... Une maîtresse terrible qui ne s’envoie en l’air que dans le sang et les ruines.
- Hélas ! Un coeur saignant d’une blessure intérieure n’a plus rien à redouter des atteintes du dehors : déchu de tout ce qu’il connaît de bonheur, qu’importe dans quel abîme il tombe.
- La mort tranquille de ce communiste de vingt ans, descendu sur les barricades du 19 août 1944, par la balle d’un milicien charmant, orné de sa grâce et de son âge, fait honte à ma vie.
- Que sont pauvres ceux qui n’ont pas la patience ! Quelle blessure n’a jamais guéri que par degrés ?
- J’ai appris depuis longtemps que, pour soigner mes blessures, je devais avoir le courage de les regarder en face.
- Je ne suis pas retourné en France. Non pas par peur, mais par respect car je sais que la blessure est encore profonde chez eux.
- Moi-même, j’étais à quelques pas de mon inconnue, combattant pour ne pas être écrasé, et jouant des coudes et du corps.