Pour la première fois, j’associais alcool et ravage, maladie, naufrage, méchantes paroles, violence, dépendance et mort. Je fus alors effleuré par une tristesse qui ne me quitta plus.

Pour la première fois, j’associais alcool et ravage, maladie, naufrage, méchantes paroles, violence, dépendance et mort. Je fus alors effleuré par une tristesse qui ne me quitta plus.

Partager sur
Source vérifiée
L'homme qui ment ou Le roman d'un enjoliveur
Le texte original diffère de quelques mots.
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
Toute ma vie, je n’ai vu que des temps troublés, d’extrêmes déchirements dans la société, et d’immenses destructions ; j’ai pris part à ces troubles.
Bouleversé, je pleurai. Je pleurai de la peur que ma mère avait eue pour ma vie, peu m’importait, ces larmes se chargeaient d’une douleur autrement profonde, lourde, si elles me débordaient c’est que ces larmes en moi touchaient enfin l’extrémité des choses, l’extrémité de toute la vie.
La solitude peut être extrêmement cruelle, extrêmement douloureuse, mais je m’en suis arrangée.
Tel lorsque, abandonné d’une infidèle amante, pour la première fois j’ai connu la douleur, transpercé tout à coup d’une flèche sanglante, seul, je me suis assis dans la nuit de mon cœur.
Une extraordinaire enfance semblait sourdre sur ses traits de toutes les meurtrissures creusées par la fatigue et l’insomnie, et un sentiment exalté de victoire m’envahit soudain ; ce visage que j’emportais dans mon songe vivait comme il n’avait jamais vécu.
Ces derniers jours, l’ampleur de dévastation, de colère, de tristesse que j’ai ressenties a été pour le moins accablante. Regarder mon peuple se faire assassiner et lyncher jour après jour a poussé mon cœur dans ses retranchements (ndlr : Au sujet de la mort de George Floyd).
Le deuil pour seule culture, j’ai développé un chagrin solitaire et colérique. Il est difficile de discerner ce que nous ôtent, en mourant, ceux que nous avons aimés.
Je ne me sens toujours pas intégré dans la vie normale. Les camps de concentration m’ont rendu prématurément blasé, m’ont fait perdre tout sentiment violent de peur, d’amour ou de joie.
Je claquais mon argent, je gâtais mon entourage, j’emmenais ma mère partout, mais je n’étais pas heureux.
J’en ai connu mille bonheurs et souffert ensuite mille morts. Mais je n’ai jamais pu tirer de cette aventure des idées générales.

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.