On ne se tue point pour les douleurs de la goutte ; il n’y a guère que celles de l’âme qui produisent le désespoir.
Écrivain · 1712-1778 Image : Maurice Quentin de La Tour · Domaine public · Wikimedia Commons On ne se tue point pour les douleurs de la goutte ; il n’y a guère que celles de l’âme qui produisent le désespoir.
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Source vérifiée
Émile, ou De l’éducation (1782), livre I
… Le soin même de sa conservation est attaché à la peine. Heureux de ne connoître dans son enfance que les maux physiques! maux bien moins cruels, bien moins douloureux que les autres, & qui bien plus rarement qu’eux nous font renoncer à la vie.On ne se tue point pour les douleurs de la goutte; il n’y a gueres que celles de l’ame qui produisent le désespoir.Nous plaignons le sort de l’enfance, & c’est le nôtre qu’il faudroit plaindre. Nos plus grands maux nous viennent de nous.
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
De quelque désespoir qu’une âme soit atteinte, la douleur est toujours moins forte que la plainte.
Ce qui abat, ce qui accable, ce qui détruit irrémédiablement l’âme, c’est la médiocrité de la douleur et de la joie, la souffrance égoïste et mesquine.
Toute souffrance est lâche : elle recule devant la puissance du vouloir-vivre qui est ancré plus fortement dans notre chair que toute la passion de la mort ne l’est dans notre esprit.
Souffrir est absurde et laid. Toute souffrance est un désordre… Mieux vaut s’accommoder des choses ou les briser que de pleurer à la lune. Est-il besoin, pour un homme, d’avoir une compagne effacée, sentimentale et sans volonté, pour être heureux ?
S’il est un chagrin dans ce monde qui ne peut être soulagé, c’est le poids au cœur de l’indicible.
Souviens-toi que la douleur élève les âmes vraiment grandes et que ce n’est que le vulgaire qu’elle rend méchant.
Le cœur de l’envieux n’est que fiel et qu’amertume.
La souffrance est le fil dont l’étoffe de la joie est tissée. Jamais l’optimiste ne connaîtra la joie.
L’âme ne se sépare pas du corps avec plus de douleur que l’homme de sa grandeur.
Avec de la tendresse autour de soi, on n’est pas incapable de vivre… Il n’y a que les âmes tout à fait seules qui aient besoin de mourir…

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