Pour tout bagage on a vingt ans / On a l’expérience des parents / On se fout du tiers comme du quart / On prend l’bonheur toujours en r’tard / Quand on aime c’est pour toute la vie / Cette vie qui dure l’espace d’un cri
Écrivain, 1916-1993Pour tout bagage on a vingt ans / On a l’expérience des parents / On se fout du tiers comme du quart / On prend l’bonheur toujours en r’tard / Quand on aime c’est pour toute la vie / Cette vie qui dure l’espace d’un cri
Écrivain, 1916-1993Partager sur
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La mauvaise graine
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On vit, toute sa vie, sur les émotions, les sensations de ses vingt premières années. Ce sont les seules qui comptent. Les seules importantes, parce qu’elles te façonnent. Tu peux t’arrêter de vivre à vingt ans et avoir fait le plein de ta vie.
Que l’on ait quinze ans, vingt ans, quarante ans, soixante-quinze ans, c’était toujours la même histoire : cette putain de maladie d’amour qui dévastait tout sur son passage, ces moments de bonheur si fugaces qui exigeaient un prix exorbitant à payer…
Habiter dans la chambre chez tes parents quand t’as dépassé la barre de tes 24 ans donne vite le sentiment que la vie s’répète. Les vieux posters sur les murs crient : Défaite !
Si jeune que l’on soit, le jour où l’on perd sa mère, on devient vieux tout à coup.
À vingt, trente, quarante ans, on peut encore remettre ce que l’on a à faire au lendemain mais à partir d’un certain âge, c’est provoquer le destin.
La vie est jeune. En vieillissant, elle se fait durée, elle se fait temps, elle se fait adieu. Elle vous a tout pris, et elle n’a plus rien à vous donner, je vais souvent dans les endroits fréquentés par la jeunesse pour essayer de retrouver ce que j’ai perdu. Parfois je reconnais le visage d’un camarade tué à vingt ans. Souvent, ce sont les mêmes gestes, le même rire, les mêmes yeux. Quelque chose, toujours, demeure. Il m’arrive alors de croire presque qu’il est resté en moi quelque chose de celui que j’étais il y a vingt ans, que je n’ai pas entièrement disparu.
La vie n’est vraiment souriante qu’au tout jeune âge : il ne viendra jamais à la pensée d’un enfant, qu’un jour, il pourra perdre sa mère.
Quand on débarque dans la vie active, on se trimbale avec les bagages de ses parents. Et puis, on lâche les valises de son passé pour faire les siennes.
On quitte d’abord la maison de ses parents, et ensuite, parfois, on quitte la maison de son premier mariage, et c’est toujours la même peine qu’on ressent, celle de se sentir, une fois pour toutes, orphelin.
Les premières années de notre enfance sont si éloignées qu’on ne les additionne pas toujours aux nouvelles. On a l’âge de son cœur.

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