Je suis seul, je suis seul, c’est l’heure des tempêtes. Les mots à qui je parle ont peur de me parler. La nuit m’entoure, je m’accroche à ma planète. Le Sud est-il au Nord ? Mon étoile a coulé.
Écrivain, 1919-1998Je suis seul, je suis seul, c’est l’heure des tempêtes. Les mots à qui je parle ont peur de me parler. La nuit m’entoure, je m’accroche à ma planète. Le Sud est-il au Nord ? Mon étoile a coulé.
Écrivain, 1919-1998Partager sur
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Alain Bosquet
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Je suis seul, capable encore et plus que jamais d’éprouver la passion. L’ennui, l’ennui que je cultive avec une rigoureuse inconscience pare ma vie de l’uniformité d’où jaillissent la tempête et la nuit et le soleil.
Je reste seul à me consumer dans le noir – quand le soleil dérobe au monde sa lumière
D’autres, c’est par plaisir qu’ils s’étendent à terre, – moi, c’est dans mon malheur pour gémir et pleurer.
Jamais d’autre que toi en dépit des étoiles et des solitudes, en dépit des mutilations d’arbre à la tombée de la nuit. Jamais d’autre que toi ne poursuivra son chemin qui est le mien. Plus tu t’éloignes et plus ton ombre s’agrandit.
Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence.
Tristesse au cœur.
Quand je t’entends, coucou, – ma solitude est plus profonde…
Je vous tiens toute vive entre mes bras, nature, ah ! Faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure Que ne visitent pas la lumière et l’amour…
La douceur de ce monde, elle est toute goûtée. La jeunesse n’est plus : un fleuve à l’horizon. Avril et Mai sont loin, l’été lui-même est loin, et je ne suis plus rien, je n’aime plus à vivre.
On me crie de Seïr : Sentinelle, que dis-tu de la nuit ? La sentinelle répond : Le matin vient, et la nuit aussi.
Je me replie. Je rentre en moi par mon oreille gauche. Mes pas retombent dans la solitude de mon crâne qu’illumine seule une constellation grenat. Je parcours à tâtons l’énorme salle démantelée. Portes murées, fenêtres condamnées.
Ma solitude est mon palais. C’est là que j’ai ma chaise, ma table, mon lit, mon vent et mon soleil. Quand je suis assise ailleurs que dans ma solitude, je suis assise en exil, je suis assise en pays trompeur.

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