Je ne savais pas que la douleur contient d’étranges labyrinthes, où je n’avais pas fini de marcher.
Poète, 1903-1987 Image : Winoksbergen Bernhard De Grendel, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons Je ne savais pas que la douleur contient d’étranges labyrinthes, où je n’avais pas fini de marcher.
Poète, 1903-1987 Image : Winoksbergen Bernhard De Grendel, CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons Partager sur
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Mémoires d'Hadrien ; suivi de Carnets de notes des Mémoires d'Hadrien
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Ce brusque rappel aux réalités dérisoires du lendemain écrasa ma douleur sous une sensation unique de petitesse.
La souffrance, celle qui fait des trous dans la tête et dans le cœur, celle-là, on ne peut la dire, ni la montrer. Elle est intérieure, enfermée, invisible.
Je n’avais pas découvert que la ligne de fuite, trompeuse, du futur, devenait, comme dans un spectacle de magie inexplicable, l’étranglant carcan du passé. Que les projets devenaient regrets, les espoirs souvenirs, la vie la mort.
La douleur, c’est comme un corps étranger. On finit par fabriquer une coque, pour ne plus la sentir. Mais on ne peut pas guérir de ce qu’on ne sent pas.
Une douleur fixe me bridait le cœur et me tenait les yeux aussi secs que si je n’eusse jamais pleuré.
S’attendre au pire, à quelque chose de pis que la chute, tout en chutant, c’était un peu la conception que j’avais de la vie.
Partir ne mène nulle part, j’ai mis longtemps à le comprendre ; mais pour cela sans doute était-il nécessaire d’avoir fait tout le chemin.
Rien n’est droit dans l’existence. La vie ressemble à un immense terrain accidenté, parsemé d’obstacles, de virages et de détours, une sorte de labyrinthe bourré de pièges dans lequel la ligne droite n’existe pas.
Je compris qu’il existait je ne sais quoi d’inconnu pour moi dans le monde, une force plus belle que la pensée, c’était toutes les pensées, toutes les forces, tout un avenir dans une émotion partagée.
Je ne laissais rien derrière moi, j’avais marché sur ma vie avec des patins, sans laisser de traces.

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