Ô rêveries, c’est à vous que je dois de m’être destinée au langage de la poésie, lorsque je compris, dès l’enfance, que les éléments, l’espace, les sanglots explosifs et muets de l’âme ne sont pas l’échange intelligible dévolu aux humains.
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- Entre ce que je vois et dis, entre ce que je dis et tais, entre ce que je tais et rêve, entre ce que je rêve et oublie, la poésie. Elle glisse entre le oui et le non : elle dit ce que je tais, elle tait ce que je dis, elle rêve ce que j’oublie.
- Le don de révéler par la parole ce qu’on ressent au fond du coeur est très rare; il y a pourtant de la poésie dans tous les êtres capables d’affections vives et profondes; l’expression manque à ceux qui ne sont pas exercés à la trouver.
- Le rêve est une des dimensions essentielles de l’existence et la poésie permet ce rêve.
- L’enfance nous a donné une fois pour toutes notre teneur en poésie.
- L’objet de la poésie deviendrait une connaissance des secrets de l’univers qui nous permettrait d’agir sur les éléments.
- Le poème vit aux dépens du poète. Ce que nous raconte l’œuvre, ce n’est pas le poète, c’est le poème. Non pas le poète qui écrit mais le langage qui ressuscite, qui projette, recrée et qui l’annule en tant qu’être humain. L’œuvre dissout le petit je.
- Le peuple a besoin de poésie comme de pain. Non pas la poésie enfermée dans les mots; celle-la, par elle-même, ne peut lui être d’aucun usage. Il a besoin que la substance quotidienne de sa vie soit elle-même poésie.
- Les boueurs de poésie sont en général privés du sentiment de la poésie; inaptes à percer les voies de son action. Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.
- Dans certains états des choses de ma vie, il arriva que le travail de poésie me fut une manière de me séparer du monde.
- Le temps de la prime jeunesse, un âge rêveur, exalté, durant lequel on poétise la femme, on divinise sa chair inaccessible, on vit dans une attente farouche du miracle amoureux.
- La poésie est une pomme et c’est toujours septembre sur les vergers de la parole : soleil serré, suc de la terre, saveur d’enfance. Dans le bonheur des mots amour, je te mange.
- C’est en poésie seulement que le monde entier comprend un amoureux. Dans la vie réelle, on le déclare enroué, et on lui donne une bonne cuillerée de ce mélange nauséabond appelé le bon sens.
- Je considère la poésie engagée comme une mission personnelle, un devoir envers une société où on évolue vers un contrôle des consciences : on devient même suspect de ne pas penser correctement !
- La poésie n’est qu’une manière de percevoir les objets extérieurs, un organe spécial qui tamise la matière et qui, sans la changer, la transfigure.
- La poésie commence à sourdre lorsqu’elle croise les méandres de l’existence du poète. Elle est réponse au vide, à l’immensité, à l’inquiétude intérieure qui nous habite lorsque, soudain, tout se tait et qu’il faut traduire le silence.