O misère de nous ! Notre vie est si vaine qu’elle n’est qu’un reflet de notre mémoire.
Écrivain, 1768-1848O misère de nous ! Notre vie est si vaine qu’elle n’est qu’un reflet de notre mémoire.
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Mémoires d’outre-tombe (1848), Première partie, livre II
… le génie ne pourrait rassembler ses idées; le cœur le plus affectueux perdrait sa tendresse s’il ne se souvenait plus; notre existence se réduirait aux moments successifs d’un présent qui s’écoule sans cesse; il n’y aurait plus de passé.Ô misère de nous! notre vie est si vaine qu’elle n’est qu’un reflet de notre mémoire.
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La vie n’est possible que par les déficiences de notre imagination et de notre mémoire.
La vie serait impossible si l’on se souvenait, le tout est de choisir ce qu’on doit oublier.
La vie, quelle que soit la valeur de ses manifestations, supplante à la longue les souvenirs.
C’est ce qu’il y a de si tragique, chez plein de gens : ils oublient que la vie est quelque chose de très malléable, de très flexible ; qu’au fond, c’est nous-mêmes qui choisissons nos limites et nos horizons.
La mémoire, c’est la vie, c’est notre cohérence.
Comme le souvenir que laisse un mort est supérieur à sa vie ! Il n’y a pas de déchets.
Les regrets et la nostalgie sont les oripeaux de notre faiblesse, notre impuissance. Ce sont des mensonges que nous habillons avec des mots qui nous apaisent et facilitent notre sommeil. Cela rend moins cruelle notre défaite.
On ne trouve de bon dans la vie que ce qui la fait oublier.
Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les songes, et notre vie si courte a pour frontière un sommeil.
La civilisation, ici, n’est qu’une simple répétition de la mémoire et des mœurs.

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