Nous marchions à pas légers, muets, pour n’effaroucher aucun dieu, ni le gibier, écureuils, lapins, chevreuils, qui folâtre et s’ébroue.
Écrivain, 1869-1951 Image : Ottoline Morrell (1873-1938), Domaine public, Wikimedia Commons Nous marchions à pas légers, muets, pour n’effaroucher aucun dieu, ni le gibier, écureuils, lapins, chevreuils, qui folâtre et s’ébroue.
Écrivain, 1869-1951 Image : Ottoline Morrell (1873-1938), Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Journal (1922)
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
Seulement, comme les animaux ne sont que des ombres, dieu ne les a point faits éducables dans le sens complet du mot.
Compagne d’hommes innocents et paisibles, la bergeronnette semble avoir pour notre espèce ce penchant qui rapprocherait de nous la plupart des animaux, s’ils n’étaient repoussés par notre barbarie.
Les jurons, les râles, le canon, tous les bruits de notre pauvre vie de bêtes, cela ne pouvait pas endurcir notre âme et flétrir sa tendresse infinie.
Tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités.
Dieu ne cesse de parler ; mais le bruit des créatures au-dehors et de nos passions au-dedans nous étourdit et nous empêche de l’entendre.
Si notre Dieu était celui des païens ou des philosophes (pour moi, c’est la même chose) il pourrait bien se réfugier au plus haut des cieux, notre misère l’en précipiterait.
On ferait bien peu pour Dieu si le diable était mort.
Les Deuils et les Soucis vengeurs ont installé leur lit ; les pâles Maladies y habitent et la triste Vieillesse, et la Peur, et la Faim, mauvaise conseillère, et l’affreuse Misère, larves terribles à voir, et le Trépas et la Peine.
Il ne sert à rien de gaspiller notre énergie à avoir peur des diables, des démons et des fantômes qui surgissent la nuit… parce que, finalement, nous ne rencontrerons jamais rien de plus terrifiant que les monstres qui vivent parmi nous.
Nous fuyons devant nos peurs comme le cheval devant son ombre : nous ne pourrons jamais les distancer. Mais en cessant de fuir, nous cessons de les nourrir.

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.