Il ne m’a manqué pour réussir dans le monde qu’une passion et un vice, l’ambition et l’hypocrisie.
Écrivain, 1768-1848Il ne m’a manqué pour réussir dans le monde qu’une passion et un vice, l’ambition et l’hypocrisie.
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Mémoires d'outre-tombe
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Ce n’était plus l’espoir du succès qui me faisait agir : le besoin de voir celle que j’aimais, de jouir de sa présence, me dominait exclusivement.
Seul me semblait encore précieux cet espoir : parvenir, par mon travail, par ma contribution au souvenir de cette grande époque, à me purifier un peu moi-même et à me racheter, à renouer les liens avec l’Ordre et avec ce que j’avais vécu.
J’ai la passion innée de contredire les gens, toute mon existence ne fut en somme qu’une suite de contradictions malheureuses entre mon cœur et mon cerveau, la présence d’un enthousiaste me glace.
Devenir. Ce verbe m’avait toujours obsédée, mais c’est en cette circonstance que je m’en rendis compte pour la première fois. Je voulais devenir, même sans savoir quoi. Et j’étais devenue, ça c’était certain, mais sans objet déterminé, sans vraie passion, sans ambition précise.
J’ai perdu ma force et ma vie, et mes amis et ma gaieté ; J’ai perdu jusqu’à la fierté qui faisait croire à mon génie.
La vie commence à ne plus m’intéresser, j’ai d’ailleurs songé quelques fois à me supprimer, n’y renonçant que faute de courage.
Ma réussite, si réussite il y a, ce n’est pas une réussite de ma vie. Ma vie aurait été une réussite si je l’avais poursuivi là bas ou j’étais né.
Je n’ai connu que la ferveur. Toute ma vie n’est que ferveur, refus, amour, combat.
Dans ma civilisation, celui qui diffère de moi, loin de me léser, m’enrichit.
La vie m’a donné la chance de pas avoir de revanche à prendre.

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