C’est fou ce que les hommes ont le goût du travail inutile, du plaisir imbécile, comme ils aiment s’entourer de signes qui prolongent leur enfance, peut-être la seule période rassurante de leur vie.
Écrivain, 1919-2016C’est fou ce que les hommes ont le goût du travail inutile, du plaisir imbécile, comme ils aiment s’entourer de signes qui prolongent leur enfance, peut-être la seule période rassurante de leur vie.
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Un taxi mauve
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Le travail : une malédiction que l’homme a transformée en volupté. Œuvrer de toutes ses forces pour le seul amour du travail, tirer de la joie d’un effort qui ne mène qu’à des accomplissements sans valeur, estimer qu’on ne peut se réaliser autrement que par le labeur incessant — voilà une chose révoltante et incompréhensible.
Cette folie est l’amour du travail, la passion furibonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture.
Le regret qu’ont les hommes du mauvais emploi du temps qu’ils ont déjà vécu, ne les conduit pas toujours à faire de celui qui leur reste à vivre un meilleur usage.
C’est fou ce qu’on peut passer de temps, dans une vie d’homme, à vouloir éteindre des passions !
Les hommes actifs supportent plus impatiemment l’ennui que le travail.
Quand la vie devient facile, les hommes deviennent paresseux.
Chaque jour le travail accapare davantage la bonne conscience à son profit : le goût de la joie s’appelle déjà « besoin de repos » ; il commence à rougir de lui-même.
En général, les hommes, même en ce pays relativement libre, sont tout simplement, par suite d’ignorance et d’erreur, si bien pris par les soucis factices et les travaux inutilement rudes de la vie, que ses fruits plus beaux ne savent être cueillis par eux.
C’est la négligence en ce point qui perd toute la jeunesse ; c’est par le désordre du premier âge que les hommes dégénerent, et qu’on les voit devenir ce qu’ils sont aujourd’hui.
S’il n’y avait de bonheur qu’éternel, les hommes n’en goûteraient pas.

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