Ce qui fait le jésuite, c’est qu’ayant pesé les moyens extérieurs de persuader, éducation, imitation, opinion unanime, il les juge suffisants, par un profond mépris de la sagesse individuelle, qui examine sans fin et ne fait rien.
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- Plus d’un homme instruit en est à ignorer que le seul moyen de changer d’idée est de changer d’action. Tous les passionnés exorcisent d’abord les pensées par des pensées, et bien vainement. L’ancien exorcisme, par le geste, était le plus sage.
- Je tiens que, pour l’ordinaire, c’est notre nature sincère qui s’exprime dans les songes; et songe n’est point mensonge, sinon en ce sens qu’il représente ce qu’on voudrait, non ce qui est.
- L’éducation est sans doute toujours à deux faces : elle consiste, d’une part, à réprimer le mouvement qui pousse les enfants dans leur ignorance à l’assaut de la vérité; d’autre part à les humilier pour les amener ensuite peu à peu et insensiblement dans le mensonge.
- L’éducation est l’ennemi de la sagesse, parce qu’elle rend nécessaire un tas de choses dont, pour être sages, nous devrions nous passer.
- L’éducation consiste avant tout à donner à celui qui est éduqué le sens de l’altérité. Que faut-il entendre par là ? Que l’humain commence avec le souci de l’autre.
- L’éducation, c’est le respect de ce qui est réellement bon, grand et beau; c’est la politesse, charmante vertu, qui supplée à tant d’autres vertus; c’est le tact, qui est presque une vertu aussi.
- C’est un procédé qui ne manque pas d’adresse et qui est même spirituel, en discutant sur la sagesse, que de se la refuser à soi-même et de l’attribuer à ceux qui s’en piquent illusoirement.
- L’esprit humain souffre d’une carence intellectuelle fondamentale : pour qu’il comprenne la valeur d’une chose, il faut le priver de cette chose. L’absence lui parle sa langue maternelle; la présence, c’est de l’hébreu pour lui.
- Promettre est tout à fait du bel air; cela ouvre les yeux de la curiosité. Exécuter est toujours un acte inférieur; et, excepté parmi les gens les plus naïfs et les plus simples, tenir sa parole est tout à fait hors d’usage.
- L’instruction est, parmi les biens qui sont en nous, le seul impérissable et divin; et les deux principaux apanages de la nature humaine sont l’intelligence et le raisonnement.
- L’athée, avant de qualifier le négateur de Dieu, sert à poursuivre et condamner la pensée de l’individu affranchi, même de la façon la plus infime, de l’autorité et de la tutelle sociale en matière de pensée et de réflexion.
- C’est la marque d’un petit esprit de s’en prendre à autrui lorsqu’il échoue dans ce qu’il a entrepris; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s’en prendra à soi-même; celui qui achèvera ce travail ne s’en prendra ni à soi ni aux autres.
- Le représentant de Dieu, selon moi, doit allier les qualités d’intelligence et de patience à un esprit aigu d’analyse et de synthèse, une indépendance de caractère et une totale objectivité d’appréciation.
- Une société qui trouve naturel d’étouffer autant d’énergies intellectuelles féminines avec les tâches domestiques et l’éducation des enfants, est sa propre ennemie et ne s’en aperçoit même pas.
- La meilleure de toutes les raisons pour se résoudre à la mort c’est qu’on ne saurait l’éviter. La philosophie nous donne la force d’en dissimuler le ressentiment et ne l’ôte pas : la religion y apporte moins de confiance que de crainte.