Faire des cadeaux est une habitude épouvantable, naturellement contractée par mauvaise conscience et, très souvent aussi, par la peur commune de la solitude.
Écrivain, 1931-1989Faire des cadeaux est une habitude épouvantable, naturellement contractée par mauvaise conscience et, très souvent aussi, par la peur commune de la solitude.
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Source secondaire
Maîtres anciens (1985), p. 163
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La générosité incite à la jalousie. Plus les cadeaux sont acceptés avec plaisir, plus on regrette de les avoir faits. Ils vous éclipsent.
Le problème avec le bonheur, c’est qu’en raison de sa rareté même il apparaît comme immensément terrifiant et angoissant d’en accepter l’offrande.
L’amour abstrait c’est le don de soi, la recherche d’un sacrifice basé, aussi paradoxal que cela puisse paraître, sur un égoïsme farouche.
La générosité est à la fois conscience de sa propre liberté (ou de soi-même comme libre et responsable), et ferme résolution d’en bien user. Conscience et confiance, donc : conscience d’être libre, confiance en l’usage qu’on en fera. C’est pourquoi la générosité produit l’estime de soi.
A Noël certains vivent de dindes, d’autres vivent d’un don.
Il y a un certain goût de solitude qui a pour fondement la vanité. Par regret de ne pas se sentir apprécié à la valeur qu’on se croit, on se masque de mépris pour ceux qui se refusent à ce que nous voudrions d’eux.
La convoitise est une sorte de gourmandise mentale, qui ne se limite pas à l’argent, mais aspire à l’honneur et se nourrit d’égoïsme.
Le don de soi s’exprime dans l’absolu, dans la vie quotidienne, on devient mesquin, on se met à compter, à calculer.
Pour être capable de faire le don de soi, il faut avoir pris possession de soi dans cette solitude douloureuse hors de laquelle rien n’est à nous et nous n’avons rien à donner.
Ne sachant ni exactement ce qu’il donne, ni moins encore à qui, ni même de quelle façon, le travail est donc, comme une offrande mystique, la forme anonyme d’un don. Il est même le seul véritable don, puisqu’il est la seule manière de se donner tout entier en s’effaçant dans ce qu’on donne.

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