Il m’était plus facile de penser un monde sans créateur qu’un créateur chargé de toutes les contradictions du monde.
Écrivaine, 1908-1986 Image : Moshe Milner, CC BY-SA 3.0, Wikimedia Commons Il m’était plus facile de penser un monde sans créateur qu’un créateur chargé de toutes les contradictions du monde.
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Memoires d'une jeune fille rangee
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Il ne semble pas sage de vouloir pénétrer et comprendre un monde humain, sans avoir développé en soi une parfaite humanité.
La pensée appartient au monde créé, alors que l’intuition appartient au monde créateur. La première est soumise au temps, la seconde lui échappe. La pensée sert simplement à transmettre ce que l’intuition lui inspire.
Je compris qu’il existait je ne sais quoi d’inconnu pour moi dans le monde, une force plus belle que la pensée, c’était toutes les pensées, toutes les forces, tout un avenir dans une émotion partagée.
Il me semble que l’existence humaine n’est guère plus qu’un croquis, esquissé sur le Temps, sans grande réflexion, avec peu de soin, ni aucun sens du dessin.
Je me dis que c’était peut-être la vraie nature de l’art que de donner à voir des mondes rêvés, des mondes impossibles, et que c’était une chose dont je ne m’étais jamais approché, dont je ne m’étais même jamais senti capable.
Peu de choses dans ma vie m’ont effectivement passionné davantage que l’aspect pénal de notre monde. Si nous considérons cet aspect pénal de notre monde, c’est-à-dire de notre société, nous avons, comme on dit, de quoi nous étonner chaque jour.
Sans la clairvoyance du sage, impossible de rien connaître du monde. Sans l’obscurcissement du fou, impossible de tout connaître du monde.
Dieu n’est plus corporel et sensible ; la suprême Intelligence qui régit le monde n’est plus le monde même : j’élève et fatigue en vain mon esprit à concevoir son essence.
Sans idéologie, toutes les facultés de l’esprit ne seraient que l’esprit en soi, mais jamais une force créatrice.
Si j’avais assisté au conseil du Créateur lorsqu’il forma la nature humaine, je lui aurais conseillé de mettre les rides sous le talon.

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