Il était impossible d’ajuster le langage à ces souvenirs – tout simplement, il n’existait pas de mots adultes pour ces impressions d’enfance.
1899-1977Il était impossible d’ajuster le langage à ces souvenirs – tout simplement, il n’existait pas de mots adultes pour ces impressions d’enfance.
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La Défense Loujine
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Il semble que nous ne faisons que languir dans l’âge mûr pour dire les rêves de notre enfance, et ils s’évanouissent de notre mémoire avant que nous ayons pu apprendre leur langage.
L’enfance déconcerte souvent la jeunesse, plus éprise d’affirmer sa maturité naissante que de raviver les souvenirs encore proches de l’adolescence.
Les enfants qu’on presse trop de parler n’ont le temps ni d’apprendre à bien prononcer, ni de bien concevoir ce qu’on leur fait dire.
Une enquête au long cours, c’était comme un nouvel alphabet à déchiffrer : certains mots étaient plus importants que d’autres mais au départ, rien ne permettait de les distinguer.
Les mots d’amour que je murmurais retrouvaient leur enfance, comme s’ils venaient de naître et que rien encore ne leur était arrivé.
L’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire.
Très souvent le désordre de la mémoire est tel que nous ne savons plus si nous inventons un personnage ou si c’est une agréable réminiscence.
S’il a été remarqué que quelques dauphins pouvaient reconnaitre jusqu’à cinquante mots de notre langue, aucun humain n’a jamais pu comprendre un seul mot de la leur.
Tout enfant, qu’elle que soit son milieu, apprend sa langue maternelle en dix mois : trois mille mots, plus les règles de grammaire, plus l’accent. Essayer de renouveler ça, sans école ni livres, en dix mois ! C’est d’une intensité inimaginable.
Nous échouons à traduire entièrement ce que notre âme ressent : la pensée demeure incommensurable avec le langage.

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