J’étais un impie, un athée, un forcené, un enragé, une bête féroce, un loup.
Écrivain, 1712-1778 Image : Maurice Quentin de La Tour, Domaine public, Wikimedia Commons J’étais un impie, un athée, un forcené, un enragé, une bête féroce, un loup.
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Source vérifiée
Les Confessions (1765), Texte entier
… Les Français surtout, ce peuple si doux, si poli, si généreux, qui se pique si fort de bienséance et d’égards pour les malheureux, oubliant tout d’un coup ses vertus favorites, se signala par le nombre et la violence des outrages dont il m’accablait à l’envi.J’étais un impie, un athée, un forcené, un enragé, une bête féroce, un loup.Le continuateur du journal de Trévoux fit sur ma prétendue lycanthropie un écart qui montrait assez bien la sienne. …
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
Je suis devenu celui que j’avais si peur de devenir. Un sceptique. Un agnostique – même pas assez croyant pour être athée. Un homme qui pense que le contraire de la vérité n’est pas le mensonge mais la certitude.
Si j’étais Dieu, j’croierais pas en moi Si j’étais moi, je me méfierais.
Je suis athée, autant qu’on peut l’être et je fais tout ce qu’il me plaît de faire. J’ai l’horreur des pauvres, j’exècre la douleur et j’aime mieux une mauvaise conscience qu’une mauvaise dent.
J’étais aussi libre et aussi sauvage qu’un coyote.
Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.
Dès l’aurore, dis-toi d’avance : je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable.
J’habite une blessure sacrée, j’habite des ancêtres imaginaires, j’habite un vouloir obscur, j’habite un long silence, j’habite un voyage de mille ans, j’habite une guerre de trois cent ans, j’habite un culte désaffecté.
Comme j’étais naïf ! J’ignorais qu’en naissant Tsigane, je serais rabaissé au rang de gueux, de sauvage, de chien errant qui ne connait ni les lois ni la morale ordinaire.
J’ai étudié la philosophie,
La jurisprudence et la medecine,
Et même, hélas ! La théologie
Laborieusement d’un bout à l’autre.
Et voici que, pauvre fou, avec toute ma science,
Je ne suis pas plus sage qu’auparavant.

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