Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.
1854-1891Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.
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Une [saison en enfer & Le bateau ivre. A season in hell & The drunken boat
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Moi ! Moi qui me suis dit mage ou ange, dispensé de toute morale, je suis rendu au sol, avec un devoir à chercher, et la réalité rugueuse à étreindre ! Paysan !
Je me suis consolé dans les bras de la guerre… Une maîtresse terrible qui ne s’envoie en l’air que dans le sang et les ruines.
Un jour j’suis tombé, pour apprendre à me relever.
S’attendre au pire, à quelque chose de pis que la chute, tout en chutant, c’était un peu la conception que j’avais de la vie.
Viser la lune, un sourire au diable, j’ai commis des fautes et j’ai fait face à l’orage.
J’étais un impie, un athée, un forcené, un enragé, une bête féroce, un loup.
J’ai senti dans mes mains un animal immonde, Échappé à la nuit d’une affreuse forêt, et je vis que c’était le mal dont tu mourais, que j’appelle en riant la tristesse du monde.
Mais le moment est venu où j’ai compris que je ne pouvais plus me leurrer moi-même, que ce n’était pas un crime d’être vivante, que c’était Dieu qui m’avait faite ainsi, que j’avais besoin d’aimer et de vivre.
L’esprit du doute, suspendu sur ma tête, venait de me verser dans les veines une goutte de poison ; la vapeur m’en montait au cerveau, et je chancelais à demi dans un commencement d’ivresse malfaisante.
Mon crime fut d’aimer ; le vôtre est de haïr. Dieu créa les mortels pour s’aimer, pour s’unir.

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