O douleur ! O douleur ! Le Temps mange la vie, et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
Poète, 1821-1867 Image : Notwist, Domaine public, Wikimedia Commons O douleur ! O douleur ! Le Temps mange la vie, et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur Du sang que nous perdons croît et se fortifie !
Poète, 1821-1867 Image : Notwist, Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Les Fleurs du mal (1857), L’Ennemi
Et qui sait si les fleurs nouvelles que je rêve Trouveront dans ce sol lavé comme une grève Le mystique aliment qui ferait leur vigueur? —Ô douleur! ô douleur! Le Temps mange la vie, Et l’obscur Ennemi qui nous ronge le cœur Du sang que nous perdons croît et se fortifie!
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Le temps guérit toutes les peines de cœur. Même les plus profondes : celles qui vous saignent à vif et à vie.
On dit que le temps apaise toute douleur, on dit que tout peut s’oublier, mais les sourires et les pleurs, par-delà les années, tordent encore les fibres de mon cœur.
Il n’y a pas de plus tard. Plus tard c’est maintenant. Toutes les choses de grâce et de beauté qui sont chères à notre cœur ont une origine commune dans la douleur. Prennent naissance dans le chagrin et les cendres.
La vie n’est qu’une longue perte de tout ce qu’on aime. On laisse derrière soi une traînée de douleurs. Le destin nous ahurit par une prolixité de souffrances insupportables. Après cela, on s’étonne que les vieilles gens rabâchent.
Votre vie n’est pas à vous, elle n’est pas votre bien, et celui qui vit dans l’instant comment pourrait-il déchiffrer la langue épineuse du temps ? La vie, la mort, la maladie sont de grands fauves, d’intrépides joueuses qui lancent leurs dés sans hésiter.
Toute notre vie est souffrance. Naître, c’est souffrir. Vieillir, c’est souffrir. Perdre l’amour, c’est souffrir. Mourir, c’est souffrir…
Créer, c’est la grande délivrance de la douleur, et l’allègement de la vie.
Ah ! Nos nuits d’amour, lucienne ! L’union des corps et des cœurs. L’instant, l’instant unique où on ne sait plus si c’est la chair ou si c’est l’âme qui palpite…
Le cœur le plus endurci et l’ignorance la plus crasse doivent disparaître devant le soleil levant de la souffrance patiente et sans méchanceté.
Quand on est mort, on entre dans le vif du sujet, « vif » étant en l’occurence un mot malheureux.

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