Il y a deux moments de sa vie où tout homme est respectable : son enfance et son agonie.
Écrivain, 1895-1972 Image : Jacques-Émile Blanche, Domaine public, Wikimedia Commons Il y a deux moments de sa vie où tout homme est respectable : son enfance et son agonie.
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Tous feux éteints : carnets 1965, 1966, 1967, carnets sans dates, carnets 1972
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La vie de l’homme oscille, comme un pendule, entre la douleur et l’ennui.
— Il y a deux choses auxquelles il faut se faire, sous peine de trouver la vie insupportable : ce sont les injures du temps et les injustices des hommes.
Malheureuse contrée, où les marques de génération sont ignominieuses, et où celles d’anéantissement sont honorables, comme s’il y avait quelque chose de plus glorieux que de donner la vie.
C’est fou ce que les hommes ont le goût du travail inutile, du plaisir imbécile, comme ils aiment s’entourer de signes qui prolongent leur enfance, peut-être la seule période rassurante de leur vie.
Le bien et le mal attendent l’homme au sortir de l’enfance : celui qui choisit le mal est en fuite de l’homme et celui qui choisit le bien est sur le chemin de sa libération !
Il y a des hommes qui mènent un tel deuil dans le cœur de la perte de la jeunesse, que leur amabilité n’y survit pas.
Il n’est pas difficile de s’apercevoir si un homme est heureux ou malheureux. La joie et la douleur sont ce qu’on dissimule le moins, surtout dans la jeunesse.
Le premier amour n’est-il pas une seconde enfance jetée à travers nos jours de peine et de labeur ?
C’est le propre de la douleur de faire reparaître le côté enfant de l’homme.
Quand l’homme est, ou se reconnaît trop faible pour accomplir ses désirs et satisfaire son orgueil, il les reporte, enfant, sur ses parents, homme vaincu par la vie, sur ses enfants à son tour.

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