J’avais la tête bruissante comme après un long voyage en diligence.
Écrivain, 1821-1880 Image : Nadar, Domaine public, Wikimedia Commons J’avais la tête bruissante comme après un long voyage en diligence.
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Correspondance de Gustave Flaubert (1850), lettre 261 à Louis Bouilhet
J’ai quitté notre pauvre barque avec une mélancolie navrante. Rentré à l’hôtel au Caire,j’avais la tête bruissante comme après un long voyage en diligence.La ville m’a semblé vide et silencieuse, quoiqu’elle fût pleine de monde et agitée. La première nuit de mon arrivée ici, j’ai entendu tout le temps ce bruit doux des avirons dans l’eau, qui depuis trois grands mois cadençait nos longues journées rêveuses.
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L’esprit du doute, suspendu sur ma tête, venait de me verser dans les veines une goutte de poison ; la vapeur m’en montait au cerveau, et je chancelais à demi dans un commencement d’ivresse malfaisante.
Et je m’en vais, au vent mauvais, qui m’emporte Deçà, delà Pareil à la Feuille morte.
Du filz autant m’est la personne chere,
Comme j’av eu à contre-cœur le pere.
Partir ne mène nulle part, j’ai mis longtemps à le comprendre ; mais pour cela sans doute était-il nécessaire d’avoir fait tout le chemin.
Je me replie. Je rentre en moi par mon oreille gauche. Mes pas retombent dans la solitude de mon crâne qu’illumine seule une constellation grenat. Je parcours à tâtons l’énorme salle démantelée. Portes murées, fenêtres condamnées.
Je l’ai reçu carrément et dans tout le déshabillé franc de ma pensée.
J’étais dans une apesanteur de fin d’histoire d’amour, la brusque suspension des sentiments, une sorte de vertige que donnent le détachement, la distance, une appréhension différente du temps.
La provocation est ma manière à moi de faire un travelling avant. Un seul arrêt image et je me flingue. Fondu au noir.
J’avale ce voyage comme une médecine…
Tous les jours j’me couche aux aurores. Et j’pars au taf avec une gueule d’enterrement comme si j’étais croque-mort.

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